Le 30 septembre 98


Voici le temps

voici le temps
où l'on ne répond de rien
la bouche étant muette
voici le temps des absurdités
où la justice s'égare
se tait
le bandeau sur les yeux
elle ne voit plus rien
ni les iniquités
celles des gens dans la rue
qui mendient pour survivre
dénudés
ni celles des ventres pleins
qui de leurs dents voraces
se protègent comme des chiens
de peur qu'on leur vole leurs biens
voici le temps
des mains inutiles
qui s'offrent pour travailler
celui des gestes cachés
des mots futiles
d'individus sans défense
voici le temps
dérisoire
où la société en commandite
ploie sous le joug des banquiers
qui créent l'égalité
qui font que tout le monde y gagne
les pauvres en pauvreté
les riches en richesse
voici le temps
où l'on s'interroge
sur ceux qui nous gouvernent
sur le sens de la vie
la sienne et celle des autres
voici le temps
de l'humiliation
où l'on ferme les yeux
pour ne pas regarder tout autour
ce que l'on devient
ce que l'on est devenu
pour ne pas être obligé
de se remettre en question


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