Vogue la galère
10 novembre 2001



Vogue la galère


et vogue la galère
à vau-l'eau
au gré de la rivière
je fonce devant
ventre à terre
blessé par les flots en colère

je gobe le temps
je le gobe voracement
avec férocité
la douce brise récolte la tempête
et la proue se brise sur la batture
j'avale les secondes
les heures et les coups
les coups de semonce
les plaintes et les blessures

se défilent les jours
à la petite semaine
aux durs fins de mois
j'endure l'instant dans sa fuite
dérobade sans issue
coque abîmée sous l'eau
emportée au loin des années
celles qui traînent le pas derrière
lointaines dans le brouillard
et pourtant si familières

me voilà bien pansu
bourré de viande et de pain
gorgé d'alcool et de vin
comme les biens pensants
ventrus et pleins
je navigue vers je ne sais quel port
vers un lieu déjà endormi
englué là-bas dans le soleil couchant
là où miroitent sur l'onde
mes rêves en dérive

le tic tac de l'univers m'éreinte
il s'échine
machine dévorante
toujours pressée
à jamais déroutée

ô douleur du jour
en fuite déraisonnable
face à cette nuit fossoyeuse
nuit hypocrite au visage caché
par le voile de son regard sombre

je continue à ronger le temps
à le dépouiller de ses pétales
à le rendre fou
à le réduire à l'inutile
à l'inutilisable
à le rendre jaloux de l'éphémère
de l'anéantissement
à le réduire à un bruit
à un bruissement
sur l'aile du vent
celle de l'oiseau que voilà
qui lentement passe
celle du ciel que voici
où lentement il a passé

dans le noir
je ne vois plus rien
que la nuit blanche
dans la tourmente
je n'entends plus rien
que le hurlement du silence
assourdissant
sur le seuil de la porte
demain s'approche
sans bruit et sans peine
ce sera enfin dimanche




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