26 janvier 98
La vie en marche
on va où nos pas nous conduisent
ne sachant pas toujours dans quelle rue
ni dans quelle ville
on marche comme des somnambules
qui rencontrent au hasard de la nuit
des gens sans nom
parfois sans vie
des gens qu'on ne voit qu'une fois
qu'on ne reverra plus
des gens auxquels on se lie
que l'on prend le temps de connaître
qui deviendront des parents
des amis
on marche depuis que l'on est tout petit
de l'enfance à la vieillesse
parfois l'on trébuche
et l'on se blesse
on soigne ses plaies
certaines se cicatrisent
d'autres ne peuvent guérir
on les panse
on ne cesse d'y penser
il faut les vivre
on ne peut les oublier
on ne saura jamais les remiser
les mettre à l'abri
il faudra s'en accommoder
les empêcher de gémir
de faire du bruit
de s'ébruiter
on marche parce que nos pieds
nous supportent et nous transportent
on va de pays en paysages
on laisse des traces
on s'attache à des visages
le sablier compte les heures
marque les jours
on fait le tour de sa planète
on en fait l'inventaire
on passe comme une comète
on s'éloigne de la terre
chaque jour un peu plus
le compte à rebours est commencé
les dés sont jetés
la roue tourne
rien ne va plus
on marche sa vie
on va ici et là
jusqu'au moment où la fatigue
peu à peu nous ralentit
puis arrête nos pas
à cela rien à faire
on n'y échappe pas
la marche devient funèbre
rien ne sert de braire
on n'y peut rien
cela après tout
n'arrive qu'une fois
il faut s'y faire
c'est alors que fleurit
la sagesse