Le 29 septembre 98


Ultime méditation

au loin
brisant l'horizon
les montagnes se renfrognent
le dos voûté
hérissé d'arbres
leur front de pierre médite
comme des sphinx géants
couchés
pensifs et vigilants
ils sont aux aguets
eux les cerbères de la terre
à leur pied s'étend la verte plaine
piquée de villes
fleurs empoisonnées
qui embaument l'air
comme le font les embaumeurs
la planète suffoque
lentement elle se meurt
les monts protecteurs se taisent
ils ne peuvent rien faire
paralysés par la pollution
leurs poumons de verdure
ont peine à respirer
les forêts denses et verdoyantes
dépérissent peu à peu
à petit feu
pendant qu'en bas
les usines monstrueuses
crachent dans l'air pur
leurs débris meurtriers
l'espèce qui l'habite
sans réfléchir
ne cherchant que son seul profit
tranquillement
en toute connaissance de cause
s'asphyxie
suicide collectif
inexplicable
pour les sphinx antiques
qui tout là-haut agenouillés
silencieux et songeurs
méditent



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