20 janvier 98

Tourner en rond


dans une clarté glauque
sans doute fourbu
par une trop longue journée
le ciel livide
s'affaisse tout à coup sur le sol
dans un tintamarre de tous les diables
l'orage menace
c'est désormais le vide
au bout de la route
c'est la noirceur
on est dérouté
on tourne en rond
la boussole ne sait où aller
elle a perdu le nord
elle s'affole
elle tente de le récupérer
mais en vain
vraiment
rien pour nous rassurer

on cherche des repaires
à l'horizon si proche
on ne distingue que peu de choses
plus on essaie de se retrouver
plus on se perd
signe de déraison
de peur on se signe
on invoque tous les saints
on ne sait auquel se vouer
inutile de s'en mettre à dos
on voudrait bien que tous
nous aident à quérir notre chemin
que sans exception
ils nous épaulent
nous donnent un coup de main

à force d'avancer
puis de zigzaguer
on finit par revenir sur nos pas
cela on l'ignore
on ne le sait pas encore
on l'apprend tout à coup
quand au loin
un fin voile de fumée
qui danse au-dessus de la cheminée
nous indique que c'est vrai
on est sur notre retour
qu'après avoir tant marché
dans la forêt sans but
à la maison enfin
on est revenu
apeuré mais au sec

voilà un fait bien banal
qui à vrai dire
ne vaut pas un poème
mais puisqu'il nous a mené jusqu'ici
et que maintenant il est écrit
aussi bien le livrer
on ne sait jamais
un jour peut-être
un lecteur égaré
le lira
une fois qu'il l'aura lu
il se demandera c'est certain
tout comme moi
mais pourquoi
a-t-on écrit ce poème
que répondre à une telle question
dans le fond
la réponse est toute simple
il a été écrit
pour moi et pour toi
ami lecteur
et pour tous ceux qui un jour
le liront
sans savoir qu'en le lisant
ils tourneront
forcément
en rond


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