5 mai 98


Terreurs nocturnes

le temps se comprime
il pousse le présent dans le passé
hier apparaît déjà déformé
les traits défigurés
la mémoire refait son visage
sa physionomie reste floue
elle est méconnaissable
sous son maquillage

la main a perdu le fil d'Ariane
on avance au hasard
ici une chambre abandonnée
remplie de souvenirs
que l'on croyait à jamais oubliés
on se sent comme un enfant
envahi par une grande peine
le coeur est en larme
il voudrait être bercé
consolé

là une pièce vide
que hantent des fantômes
elle remplit l'âme d'effroi
des chauves-souris hideuses
venues d'on ne sait où
s'acharnent par centaines
on se protège les yeux
cris stridents
elles frôlent les cheveux

on entend les sabots du Minotaure
qui résonnent dans la tête
on flaire son odeur musquée
il vient et se rapproche
il court puis galope
on s'enfuit dans le labyrinthe
des couloirs sombres
qui se croisent et s'entrelacent
tournant dans tous les sens
on regarde dernière soi
il suit de près avec ses yeux de feu
son souffle haletant
il émet un feulement de bête féroce

on s'élance encore plus vite
on jette un coup d'œil sur l'épaule
il fonce tête baissée
prêt à encorner
il bondit et l'on s'éveille
tremblant de fièvre
l'aube majestueuse se lève
elle marche à pas lent
en traînant sa robe vaporeuse
de brouillard matinal
elle apporte l'apaisement
dans la clarté amoureuse
de son tendre regard