3 février 98



Regard intérieur


au fond des yeux
les rêves prennent vie
ils s'éveillent du côté de l'ombre
s'animent sous les paupières
au coin de l'aube blafarde
qui s'attarde dans les pas de la nuit

rêves imprévisibles
bleutés par les reflets nocturnes
ils cherchent à la genèse de l'être
les désirs que l'on voulait à l'abri
ils jonglent avec la vie
tournent à l'envers l'endroit
mettent à nu des blessures
déforment des visages
ressuscitent des événements lointains
oubliés

oracles au langage sibyllin
incompréhensible mais familier
les rêves fouillent les abysses
porteurs d'un sens que l'on y sait caché
ils scrutent ce que le regard ne distingue plus
ce que l'oeil aveugle se refuse de voir
par crainte d'éveiller
des monstres malfaisants
endormis sous des pierres tombales

les rêves débusquent les griffons
de temps à autre les font sortir
ils nous surprennent à l'improviste
ils viennent hanter avec frayeur
le jardin intime aménagé avec soin
tout au creux de l'intérieur
pour se protéger
tout au fond du dedans
tout au fond
au plus secret du je
derrière le masque du on