Le 3 septembre 98


Regard au-dedans

mes yeux me conduisent
au monde du rêve
en cet espace intérieur
où tout n'est que reflet
où la réalité se réverbère
au fond de ma mémoire
elle marche à l'envers
elle prend un autre sens
les mots m'échappent
ils m'interpellent
ils se travestissent dans l'irréel
je les reconnais bien
derrière leurs masques
quelquefois burlesques
quelquefois grotesques
ils sont tous de mon visage
de mon voisinage
ils me parlent par signes
comme à un sourd-muet
à quoi bon répondre
puisque qu'il n'y a aucun sens
à ce qu'ils disent
ils ne prononcent aucun mot
et se comportent comme des sots
ils composent des histoires
qui me terrifient
parce que peuplées de monstres
ils me poursuivent ainsi
depuis la tendre enfance
et je le sais
jamais ils ne lâcheront prise
il faut les ignorer
faire comme si
faire avec
je n'ai pas le choix
parce qu'ils viennent la nuit
quand je dors
ils vivent dans le noir
dans le tréfonds de mon âme
je n'y peux rien
car ils m'appartiennent
ils sont l'envers de moi-même
celui que je ne sais dévoiler
comme un oiseau il m'échappe
quand je crois le posséder
vite de mes mains il s'est envolé


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