13 février 98



Quand tu dors


quand je te regarde dormir
le corps à l'abandon comme un navire
tu es enfouie dans ton sommeil
comme une île au milieu de la nuit
comme toujours et autrefois
dans cette posture enfantine
paisible et confiante

quand je te regarde dormir
je t'aperçois dans la pénombre
le front enfoncé dans l'oreiller
la main gauche recourbée
comme la tête d'un cygne
les doigts délicatement posés
contre ta bouche qui sourit à la vie

quand je te regarde dormir
comme je suis attendri
dans les ténèbres ombrées de lune
je découvre en toi une inconnue
je retrouve la jeune fille que tu as été
celle que je n'ai jamais connue
l'enfant que tu es restée

quand je te regarde dormir
dans le clair-obscur
je remonte dans ton passé
à l'embouchure de ta jeunesse
je peux retracer ton voyage
de l'enfance à l'âge mûr
qui un jour t'a conduite jusqu'à moi

quand je te regarde dormir
ta candeur me trouble
toujours présente en toi
elle sommeille dans tes bras
la semi-obscurité lisse ta peau
lui redonne ses vingt ans
je retrouve mes jeunes années

quand je te regarde dormir
je t'aime ma bien-aimée
j'aime tout ce que tu es
j'aime tout ce que tu as été