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Adjao A l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle un air de liberté Ivresse Maîtresse parole dans la résonance tremblante des corps fumants Mais où est passé mon petit enfant? Dort-il? Rêve-t-il ? Il sourit, il éclaire les ombres de la nuit A l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle le feu de l'évasion Ivresse Dérobade sans fin des saisons dans le galop du temps Maîtresse chanson sur la peau saoule de sueurs Mais où est passé mon petit enfant ? Dort-il ailleurs? Rêve-t-il à ces ailleurs aux mille couleurs Où des lions nostalgiques marchent sur la voûte des arc-en-ciel? À l'oreille des chevaux, le maître des vents souffle les tempêtes de la peur Folie La brûlure des orages accroche un milliard de cheveux Maîtresse colère contre le fracas du néant Mais où est passé mon petit enfant? Où le mène le pas lent du sommeil? Il rêve le vent, les chevaux ivres d'hier à jamais Il rêve les prairies où des lynx veillent sur les ors du destin Sans cesse le maître des vents souffle sur l'âme des chevaux sauvages Et mon petit le suit Les vents sont sa monture Les chevaux sa parure Il rêve, si petit, si grand Il rêve l'ivresse éperdue de demain Quel maître, quel disciple saurait apprendre? Quel maître ou quel disciple saurait rejoindre le vent Dans le claquement lumineux des sabots qui sonnent le rire Dans les courses furieuses où s'abîment les pleurs? Il rêve et je suis nacelle Je suis pour mon petit cette épaule de flanelle Et le maître des vents murmure dans mon cou les secrets du sommeil enfui Là-bas Très loin Là où va mon petit enfant Mon petit cheval fou de vent * L'enfant sable EXTRAITS Enfant, ganté de la poussière des commencements Nu et drapé Il est le premier à venir Il se déverse dans l'insatiable vent Et je contemple une invisible traîne dans son sillage au goût de sel Viens, enfant-sable! Viens jusqu'aux rives des eaux qui me charrient! Accroche à mes cheveux les crissements de ton rire minéral Tresse une natte d'écume dans mes cheveux-crépuscule Et raconte moi le poids des mers La saveur des marées L'enroulement secret des nacres Le déploiement des vagues Viens à moi, enfant-sable Pose tes mains sur mes épaules, qu'elles écartent les silences Pose sur mes yeux ton regard de grand large Que fuient les démons de l'aurore Que s'épanouisse la limpidité de la nuits Viens et je me lèverai Femme-sable rendue au vent ~ ~ Je me rendrai au temps A ses boucles folles, folles acrobaties Et vieille enfin Et sable enfin Morte aussi Je serai cette paix entrevue un soir abandonnée à l'aube Je serai ce silence, cette clameur Je serai l'enfant-sable surgie des marées oubliées. * L'exilée EXTRAITS Et blanche Et rouge Me voici loin de toute rive Exilée dans l'instable de l'errance ~ ~ Oh je suis l'exilée! Entre les rives de nulle part Je vais Et lente Et lourde Je laisse une trace de marcheur incertain Recouverte de sable gris Cette poussière échappée de mes mains Ce sel d'hier Semence sauvage de ma douloureuse liberté d'exilée * Il fait beau EXTRAITS Il fait beau Fait-il beau, mon coeur? Le soleil adoucit les fronts, les visages Mais toi, mon coeur Sens-tu sa caresse dans l'ombre de mes remparts? ~ ~ Heure après heure, jour après jour, j'ai construit un abri de ronces Mais il ne protège de rien, mon coeur C'est une cage mensongère qui nous parle de liberté Et maintenant, le soleil rit de mes torsades d'épines Il se joue à travers ma peau de mon âme emmurée ~ ~ Il fait beau aujourd'hui, mon coeur Et nous savons toi et moi que c'est un mensonge * Laisse le temps... EXTRAITS Laisse le temps de ma tristesse Laisse-moi vivre cette durée trop lente Douce amère Où des regrets mousseux traînent vaguement ~ ~ Je suis une pierre noire plantée dans un océan de tempête Mille lunes jouent de leurs reflets argentés sur l'arrête de mon regard Font resplendir l'écume opaque de mes chagrins Mais ce sont des lunes Un millier de lunes suspendues comme des facéties amères Alors que je sais (Oh! Comme je le sais) Il n'en existe qu'une seule * Migrateur EXTRAITS Sous mon ventre de neige pâle La mer roule ses écumes dans la puissance lente des courants. Du creux de ses vagues errantes Montent des cycles d’air chargés d’embruns, Une aile sans fin où se repose l’appel du sud Et j’embrasse ces vents de houle légers dans l’envergure de mon vol. ~ ~ O la splendeur des nefs d’écume irisées dans l’aube montante! La tentation subtile d’être saisi enfin dans leurs bras de lavande A l’impénétrable dessein, les fougues océanes! L’intransmissible caresse des embruns sur mon plumage Est l’ivresse où s’abîme toute la puissance de mes ailes sauvages! * Qamar EXTRAITS Attendrie, je l’appelle J’ai su ses noms anciens Ses noms d’avant les mots Ses noms de matière brute Quand sa vie se nouait Dans l’embrasement des roches à venir Oeil clair déjà sur son berceau de feu ~ ~ Mais son regard est grave maintenant Maintenant que les ténèbres ont recouvré le silence ~ ~ Entends ma voix si froide, Pâle dans le reflet de mon œil argenté Entends ces noms d’avant la création Dont j’emperle tes nuits Or natif des mots Entends l’immuable farandole du temps Glisser le long du sillon mémorable d’hier Entends aussi ce nom si doux Nom d’aujourd’hui en maintes et maintes langues Imprononçable nom que tait le mystère de ma blancheur Entends la marée, le désir Pleine terre-basse terre Fumée sauvage du chant mêlé des sphères De la Terre à la Lune De toi à moi * Aime-moi Oh cette nécessité ! Aime-moi, parole forte. Dis-moi, dis-moi ces mots manquants, Dis-moi jusqu'à remplir le creux de mon âme Ces mots lents qui coulent jusqu'aux tréfonds de l'être. Je veux ton amour, Je veux ton souffle à mon rythme, Je veux ces mots en toi. Dis-moi, dis-moi au-delà du silence, Dis-moi l'amour, tout ton amour. Que sonne l'absurde de la passion qui nous tient. Aime-moi de ces mots qui caressent la chair, Aime-moi à m'étourdir en ta parole. Je veux, je veux sans le dire Que tu saches me le dire. Oh cette nécessité ! Brûlante, Dévorante. Dévastée de silence, Ruinée dans l'isolement, le doute, Dis-moi le feu, l'ivresse, Dis-moi le désir qui ravine nos lèvres, Dis-moi sans futur le présent inconstant De seconde en seconde hors de la fuite Qui tu es, Que je saisisse ton être maintenant. Un drap de soie à peine opaque, Ta voix posée en plis légers Autour de ma taille. Ta voix encore, surgie par effraction, Un labyrinthe élucidé dans mon âme qui te cherche. Dis-le, dis-le Ce mot terrible que tu fuis. Oh cette nécessité ! Brûlure de toi, Un empire insensé * |