Mais ces os outragés


        Mais ces os outragés d'eau glauque à la tombe ouverte
        Vomissant la pierre calcinée
        Cendre d'une main arrachée de pleurs
        Violent dans les vents tard
        L'oeil qui perdit la nuit aux miroirs
        J'écoute, j'écoute
        Depuis ces cris égorgés de dents
        D'un loup qu'ils tuèrent à l'aurore
        Océan traversé de sel
        Je m'engouffre dans les tombeaux
        Violant les marques assassines, ô charniers
        Royaume au silence des poussières
        Arrêtez les cendres !


        *

        Comme une main

        Comme une main qui m'endormit
        La caresse de tes cheveux ivres de lumières
        Pleure à l'or de mon coeur
        Un souffle de lèvres pâles
        Et éployé dans tes lignes troubles
        Mon corps murmure au sel
        Je t'aime
        Tu as de la lune un crépuscule de brume
        Mais les ailes se sont tues
        Les charniers ont troué les étoiles


        *

        Poussière

        La poussière a glissé
        Sur l'ombre de mes yeux
        Comme un songe oublié
        A l'anneau de diamant

        Mais les grands nuages qui partent
        Là-bas où les jours de lune
        Brillent à la parure des nuits
        Ont parlé à mon nom

        Et tard je fis un rêve
        Aux portes des miroirs
        J'ai mordu les sables
        Sur les traces des couchants


        *

        La caresse

        La caresse de ta main
        Comme un rayon de lune
        Doucement se posa sur
        Mes yeux de bleu irisé
        Et l'on entendit le murmure
        Du néant s'écrouler à la
        Vague de l'écume morte


        *

        Ma douce

        Ton regard comme une feuille est tombé
        Sur mes mains, ô lambeau d'immensité,
        Et sur des lignes à l'origine des vents
        Où pleure en silence l'automne des OMBRES
        Mon âme a sombré aux creux du sang

        Parcelle de boue à la nuit qui ment
        Lentement, j'ai recouvert la saline
        Pluie du sable, la lune tache de sel
        Devient l'encre de ma bouche
        Et rature la blancheur des lignes

        De ma pensée qui approche les gouffres
        Regarde venir l'abîme à l'orée du silence
        Mais perdue dans la douceur du couchant
        Tu me dis les mots de l'absence
        Et là-bas tu visionne la folie

        Nous sommes dans la chaleur des perles
        Ma douce qui pleure en dedans des songes
        Tu peins la marque du temps
        Et dans mon coeur courbé de tristesse
        Tu as trouvé

        les couleurs du noir

        Je t'aime à la blancheur de l'aube


        *

        Je pleure

        Je pleure à l'écume de mes yeux,
        Ce mal qui s'accroche aux os,
        Mes lambeaux
        Et mon corps saigne au rocher du silence

        Je passerai,
        Crochet des mots,
        Écoute la mer immense,
        Le navire part
        Ô brume, je me noie ...


        *

        Caresse

        La caresse d'un jour
        Murmura aux creux de ma main
        Ta présence
        Mais les vents ont soufflé
        Et les Ombres pleurent


        *

        Caresse, douceur

        Caresse, douceur
        Le fleuve remontait vers ces contrées
        noires
        Où le soleil ne vient plus
        L'obscurité, totale immense
        Belle comme toi cette nuit


        *

        Une pierre agonise

        Une pierre agonise
        Mes mains sont froides
        L'os chavire des écumes
        Les vagues du ciel
        Balayent la poussière
        Frimas des eaux
        La terre des tombes
        Animal tué des glaces
        J'effleure la rive
        Félin ivre
        Éther, perle de gouffre
        Et le calme visage d'une vague morte


        *

        Lambeaux

        L'Ombre étendait ses lambeaux humides
        Devant le regard sans âme des papillons de nuit
        Et semblables aux montagnes du vent
        Tes seins, blancheur délicate
        Ont réveillé en moi la pâleur des hivers

        La fusion du sang s'opère
        Dans des lits où la mort s'organise


        *

        Le creux des songes

        Le creux des songes résonne

        étrange beauté des matins gris
        désormais sous les futaies
        j'irai à ta bouche
        m'abreuver de baisers
        et sous les Ombres des porches
        nous franchirons les portails
        pour ouvrir à la parure des mots
        le souffle du silence

        bientôt d'un seul pas nous irons dormir


        *





                                                


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