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CHAMPS OBSCURS EXTRAITS Grand Sahara Jeune dieu au rire de sable sur le faîte des dunes, ton pas te lance enfin dans les couloirs du vent et ta tête, comme un astre aux cieux de l'impatience sacrifie mon désir dans l'ombre qui avance C'était la pleine lune sur le Grand Sahara, se peut-il mes amis que j'ai vécu là-bas ? dans ces courbes tiédies comme la peau d'une femme où le silence n'est rien que du temps nu pour l'âme Du miel oui et pourtant à ses enfants brûlés le souvenir d'une vie qui n'existera pas le désert disaient-ils rien que lui toujours lui et vous d'où venez-vous que cherchez-vous ici ? Je cherche mon amant mon unique espéré il est parti plus loin dans les replis du vent je crois qu'il est couché dans le creux de la dune mon somptueux gisant sous le flot de la lune * Les mots Écoute-moi, toi qui chante la longue ivresse des mots toi qui dis être pur qui promène partout une fierté singulière arrête-toi un instant écoute-moi me taire Le poète n'est rien, et son âme est plus nue que la nudité même s'il a le coeur qui vibre, c'est qu'il s'oublie souvent comme le musicien n'est que son instrument le poète est une trace, une allée sous le vent Qu'importe de qui de quoi il a reçu ce don, il n'a plus qu'un seul droit, c'est de tendre la main à celui qui s'arrête un instant en chemin pour retrouver ses forces jusqu'à boire son chagrin Écoute-moi toi qui cherches le long sommeil des mots toi qui penses être fort hier ce mendiant que tu n'as pas su voir c'était ton idéal endormi dans le noir * Personne Il n'y a personne sous la pluie grise pour dire les choses les plus oubliées du monde flaque de boue caillou tout rond herbe cassée nuage touffu éclat de vitre ruine têtue coeur désolé oiseau mourant arbre couché rire d'orage enfant perdu âme damnée Il n'y a personne sous la pluie grise oublions-les * Dernier train A l'heure du dernier train, sous la dernière lampe, et comme un voyageur qui ne partirait plus : je regarde passer les visages qui chantent, dans un dernier reflet J'étais -tu te souviens- j'ai été, ce passant immobile, cette ombre de demain - sur ton seuil, une valise à la main Au regard étonné du tueur amoureux, et puis recousu d'or, mais enfin délivré j'ai été, je serai, comme sa dernière amarre au fond du dernier port * Enfants de l'hiver En ce temps, nos désirs n'avaient pas de nom, nous n'étions que passagers de l'ombre et de l'instant, fantômes de nous-mêmes, légers et infertiles, nous vivions comme on rêve, sans pleurer et sans rire. Je me souviens d'une oasis, d'une musique rauque dans la maison en terre, si cet homme est entré s'arrachant de la nuit, de ses voiles, et parlant la vieille langue berbère, c'est sans doute qu'il fallait abandonner le port, notre abri incertain, regarder vers la mer. Et je me souviens d'un autre jour, sur Bruxelles se levait un petit matin fade dans la chambre splendide son corps je m'en souviens, taillé dans la lumière. Et voici, pour toujours, il y aurait ce vertige, et l'appel de l'hiver. * Si la tempête Si la tempête Et si la tempête me prend dans le bruit clair de son grand vent - si la tempête me déracine, glissant sur l'air, m'éparpillant, lançant aux quatre coins du ciel des mots comme l'éther changeants si la tempête me plonge au fond de l'océan parmi les poissons à facettes, - et l'océan s'il m'ouvre ses linges mouvants ses ombres floues fluides et fraîches son bleu dément, jusqu'au soleil - et le soleil s'il me tend son bras centripète pour me hisser jusqu'au radiant, et le soleil dans son affaire de calcinant, avec du vif, et avec tous mes mots dedans si le soleil enfin me lance sur la boue crue du cimetière - et sur la mousse la face dans l'odeur de terre, feuilles germées de papier blanc ou s'enfouir à la fin solitaire avec mes mots, m'enracinant ! |