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MOT À MOT Silence J'ai rangé mes cahiers J'ai séché l'encre autour. La trame blanche et lisse a crié sous mes doigts Puis j'ai tué le jour * Quatre saisons Je sais des mots d'été qui multiplient l'aurore En ailleurs immobile où faire quelques pas Verbes dévisagés de souffles météores Étreintes invisibles aux reflets d'une voix Je sais des mots dorés comme aux forêts l'automne Et la pluie sur la lande en bruyères d'azur Quand au plus près du jour les étoiles s'endorment En bordant de soleil nos larmes et nos murmures Je sais des mots de neige à parjurer l'hiver Et la neige des mots qui couraient sous la lune Et la trace gardée comme un précieux revers Des heures où chaque instant pouvait trouver fortune Et je sais ce printemps de paroles perdues Comme on effeuille un jour à la frange du coeur La rose qui chantait l'oiseau qui ne sait plus Nous ne pouvions mourir qu'à la saison des fleurs * Je ne suis rien Je ne suis rien Que ce que j'ignore Un cri de lin Planté dans l'aurore Ou cet écrin Qui creusait la suie Je ne suis rien Que ce que j'écris Il peut ailleurs Battre des silences Et des couleurs Et des connivences Il peut en vain Pleuvoir à ma pluie Je ne suis rien Que ce que je suis * Je n'écris pas Je n'écris pas. Je n'écris pas pour croire au monde : Il a tant à faire sans moi ! Je n'écris pas pour que la terre Devienne un jour plus ou moins ronde. Je n'écris pas pour que la lune Sache ailleurs s'offrir du soleil, Ni le soleil s'inventer lune Où l'horizon veut se tarir. Je n'écris pas pour les lauriers Qui parfumeraient ma cuisine. Je n'écris pas : Je funambule. Je n'écris pas pour mieux aller Où le billet n'est plus valable, Je n'écris pas pour y gagner, Ni t'y garder, Ni me résoudre. Je n'écris pas : Je somnambule. Je n'écris pas comme à jouer Dans un dernier rayon d'étoile. Je n'écris pas : Je jongle, Des mots comme de la vie. * Hors le jour L'aurore avance à pas légers Sous l'oblique des réverbères, Et c'est déjà la nuit. J'ai cinq ans et quelques nuages, Je rentre du marché aux pleurs. Dans mon panier Quatre grenouilles, Une ride à dormir debout, Un rêve écopé à grands cris Chez un négociant d'occasions. J'ai mille ans et quelques jeunesses, Je reviens de la foire aux vents. Il fait grand jour Sur le trottoir d'en face. * Funérailles des mers Dans ma main quelques fleurs La tempête à rebours La vague à crête nue sous l'assoiffé des algues Plus loin plus près du vent le phare déserté Le rivage tremblant L'ancre rose des sables Je regarde le jour emprunter à la vitre une ride un murmure un geste de soleil Ce ciel à boue partant Ce ciel à peur ouverte Cette escale du sel loin derrière l'été * Sablier Les secondes s'entassent Au cadran de la grande horloge. Elle feront des kilomètres, Des paysages. Plus tard encore, Des marges A la pliure de la page blanche. Elles seront Des chemins d'enclume Et des marteaux de pluie. Elle seront Ce cri de jonquille, Le regard océan sous la main qui caresse. Elles seront Tout ce qui me manquera De toi. Drôle de sablier Que le quai d'une gare ... * Quaternaires Qu'une heure s'insinue sous l'enclume des heures et la saison revient du temps dévisagé Ce sont ici des bruines à perte de désert des souffres de douleur au confluent des sables Ce sont des pleurs séchés dans l'eau pâle des vases et le silence autour tendre éveilleur de nuit Toujours ce bas reflet tatoué d'angles morts ce ponton des misères où l'océan découche et le lointain des quais falsifiable remord où parjurer d'un voeu ta peau ma peur nos bouches * Prélude au temps d'écrire A pas de lune A cris de loup Dans le silence des bouteilles J'ai vu la nuit me revenir Sa gorge sèche Son oeil de verre Sa robe d'hier et d'ailleurs J'ai vu l'araignée du matin Tisser sa toile d'ignorance Au crépuscule de mes mains J'ai vu les mots se dépouiller De leurs initiales premières Et l'amour changer de visage * Bavardages Je parle aux yeux cernés Aux bouches closes Je parle aux souffles courts Des vents d'après minuit Je parle aux oiseaux morts Dans le secret des feuilles Je parle Je parle au sans dessus Je parle au sang dessous Au Cyclope du jour Au Caïn du silence Je parle aux doigts d'ailleurs Aux gestes désarmés Je parle au charbon bleu Grillagé d'hirondelles Je parle Je parle à l'horizon qui poursuit les tempêtes A la semelle usée des bottes de sept lieues Je parle aux araignées dans le grenier des songes Je parle Je parle aux matins clairs Aux tessons des merveilles Je parle trop * Fatiguée Par quel temps de papier Délier l'absurdité des jours ? Je rêve d'un cri d'encre où bercer mes paupières Un espace où border les pierres du matin Je rêve d'un jardin de lèvres éoliennes Mais le jour est trop peu Qui nous fait ombre au jour Et trop peu l'ignorance Où je me tiens debout La nuit dans une main Le silence dans l'autre Comme pour clore le soleil * Inventaire Fiancée d'un bleu de sirène Où l'océan dormait debout Je suis l'équinoxe des plaines Et le solstice de la boue Je suis le dardé d'une étoile Au ventre des plaies dévêtues L'étreinte d'une eau capitale Où nous savions l'espace à nu Je suis ce matin de hallage Où l'ailleurs garde rendez-vous Je suis ce chemin de partage Où nous allions jour contre joue Je suis l'eau d'une fleur sauvage Effeuillée sous mille bleuets La rature au creux de la marge Et la ferraille de juillet Promise à de lointains déserts Je suis l'éternelle putain Qui vend ses rêves avec ses vers Au plus offrant du lendemain * Voyages Encore un quai de gare Encore un train qui part Et ce mouchoir de nuit Et tes lèvres à mon cou Qu'aucun cri ne sait taire Et ce sel sur ma joue Et ce matin presqu'inutile Quand ma main te cherche sous le drap Sans t'y trouver Et ce soleil qui frappe à la fenêtre Et ta voix tout à l'heure Pour me sourire d'un train Qui ce soir reviendra * |