POÉSIES


          EXTRAITS


          Poème Sablier

          Je te regarde,
          j'ai le vertige,
          par quel arcane sensible
          m'es-tu redonné ?
          a travers le givre de mon coeur,
          ton image est venue s'embuer
          dans un évasement d'étoile de mer.
          Elle danse sur mon hiver
          le ballet de l'ivresse lente.
          Me voici devenue l'enceinte
          de mon amour ;
          je parcours, sans oublier
          une seule brèche
          sa mémoire si fidèle.
          voyageuse éblouie
          d'un nautile de ténèbres
          et de Chambre de vie,
          je nous devine dans la dernière,
          allongés, parallèles,
          cousus d'éternité
          et de lapis-lazuli.
          Mon amour, pour toi
          j'allume toutes les lampes,
          me voici célébrante,
          j'ouvre tout grand
          le lit de la tendresse,
          je chasse les ombres,
          nous allons vers le lever
          du soleil
          et les murs s'effondrent.


          *

          L'inépuisable

          Ne fais pas semblant de dormir,
          n'aie pas peur,
          nous n'avons écrit que les premières notes
          d'un très long chant ;
          il se dira comme un poème,
          le récitant sera
          l'oiseau blanc des augures
          dont la voix nervure le silence.
          Écoute,
          j'ai besoin de toi pour amplifier ma vie,
          elle doit battre ainsi qu'une cloche,
          elle doit se dire à perdre haleine,
          elle doit devenir diamant,
          les braises et le gel,
          le feu dedans,
          une parcelle d'astre enclose,
          notre temps.
          Regarde,
          mes mains ne savent pas encore apprivoiser,
          je savais les images de désastre,
          j'apprends celles du vertige
          et de l'amour confiant.
          Vois,
          je deviens belle sous ton regard,
          je m'habille de couleurs,
          je me chausse de vent,
          je ris.
          J'avais oublié le rire,
          je ne jalouse plus les poissons volants,
          ni l'alouette, ni l'étoile unique,
          ne fais pas semblant de dormir,
          nous apprendrons l'aisance
          de la mer.


          *

          Pour tout vous dire

          Pour tout vous dire
          je n'ai, ni pain, ni argent
          dans mon escarcelle,
          ni chien, ni ami,
          ni amour même.

          Pour tout vous dire
          je n'ai rien
          rien qu'un poème aux lèvres
          qui m'a poussée sur des chemins
          de ronces et de fièvres.

          Pour tout vous dire
          j'avais bien
          des lettres de créances
          pour des pays lointains
          j'avais ami, j'avais finance.

          Pour tout vous dire
          quand on va loin
          ces choses perdent importance,
          il n'est d'amour,
          il n'est de bien
          qu'un poème ne compense.


          *

          Ne plus parler...

          Ah, ne plus parler,
          dénouer dans le silence
          tes fils de couleur,
          t'absoudre quand ta tête
          s'abandonne à ma tendresse,
          apprendre, comme les aveugles
          par coeur,
          l'itinéraire de mon amour,
          ne plus parler,
          ne plus voir avec mes yeux de chair,
          tout recommencer dans le silence
          et l'obscurité,
          centimètre, par centimètre,
          cellule, par cellule,
          je t'irriguerai de bonheur.


          *

          Ciel

          Voici le matin,
          voici le jour
          reconstruit avec
          les épures d'hier.
          Voici nos symboles,
          nos chaînes, nos doutes,
          totems et peintures de guerre.
          Long corridor de nuages,
          fleuve à l'envers suspendu,
          dans un frisson
          j'y lave
          mes mains tendues.
          Je pleure,
          rien ne me délivre,
          je crie
          l'écho devient fou ;
          anges insensibles
          à quels accents,
          à quelles larmes
          répondez-vous ?


          *

          Grand Alcool

          Le grand alcool du coeur
          me remonte à la tête,
          mon front dévide
          des laines de vapeur.
          Je porte mon regard
          à hauteur d'espérance,
          à la hauteur de tes épaules.
          Parle-moi
          Pacifie le silence,
          mets des ailes
          à tout ce qui rampe,
          dessine sur mes paupières
          un oeil visionnaire ;
          devine-moi,
          achève-moi.
          Toi qui sais si bien
          débusquer mes défaites,
          ne fais pas naufrage
          avant d'avoir pesé mes forces
          à la balance de tes flancs.
          J'aspire à la ferveur,
          à la lame la plus nue,
          au chant le plus ample,
          au songe de l'hémophile,
          répandue, répandue...
          J'aspire à la tendresse,
          à ton pas près du mien,
          au toit qui nous permet l'ivresse.
          Le grand alcool du coeur
          me remonte à la tête,
          et je trébuche,
          je chancelle,
          je n'ai plus d'autre adresse
          que toi.


          *

          Ligne de chance

          Je ferai la part de l'ombre
          celle du feu,
          Je te ferai part de mes songes,
          royaumes de brume,
          pays sans lampe,
          soumis aux seules lois de l'air,
          tu y liras ta ligne de chance
          dans le reflet à l'envers
          d'une eau qui me cadence.
          Mi-racine, mi-branche,
          souterraine dans la douleur,
          jaillissante dans l'espérance,
          je ferai la part du monde
          et t'offrirai ses étincelles.


          *





          Site de l'auteur:
          Nymphose






          Anthologie                                        



          Accueil                                          




          Hit-Parade