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QUELQUES MOTS PARMI LES PIERRES EXTRAITS La nuit reine des forêts Laisse voir sous son silence, Sous ses rêves et sous ses insomnies Tous les mots qu'elle garde en son jardin, Qui se souviennent de ma vie, Et de la tienne et de nos silences. Comme un grand feu matinal Elle les lance sur la lande, Comme un grand feu de berger Qui livre ce royaume du jour Aux enfants fidèles de la nuit Tissant doucement leur règne d'ombre. * Assis sur l'herbe des falaises Je guette l'océan. Une vague brume traîne Entre les bras de la brise. Des oiseaux de mer tournent Glissent et se jouent des vagues, Passeurs sans rivage de l'infini chaos Qui pourtant s'assemblent Comme pour cacher leurs solitudes. Comment parler, et pourquoi? En présence de ces passants simples Qui sont le geste même du monde. Blessant l'écolier trop savant L'enfant que j'écris à mots lents Sans comprendre Cherche à les imiter. * VARIATIONS SUR LES VEILLEURS EXTRAITS Avoir une nuit, Pour cette seule nuit, La simplicité de l'eau, Des fleurs. Ici dans la prairie Un pays sans route Et sans but, Sans origine, L'extase de l'arbre En automne. * L'oiseau noir A troué la nuit. Plus d'étoiles. Pas un nuage. Le ciel a disparu Comme un lapin blanc. La terre est mon chapeau. Je replace d'une main Négligente l'oeillet rouge À ma boutonnière Et quitte la scène. C'était notre rêve, T'en souviens-tu, Mais la nuit Est toujours là C'est elle qui nous troue Et l'oiseau rouvre ses ailes (l'une est plus courte que l'autre) C'est le matin Un âne Se met à braire. * VANITÉ EXTRAITS Dormir, Pour toujours, Et passer dans la nuit Comme on traverse un fleuve. Chaque jour, chaque jour Le soleil revient Et ce songe aussi. Puis je reprends mes jouets Comme pour oublier Et repeindre le silence. * Au centre du village Il y a un Jardin Au centre du jardin Il y a une maison Au centre de la maison Il y a une tombe Au centre de la tombe Il n'y a rien Au centre du rien Il y a l'océan Au centre de l'océan Il y a des montagnes Au centre des montagnes Il y a un village, Sur sa place une fête, Où l'on rit. * Réponse à Maria Loynaz S'il n'y avait plus de poètes La rose encore Saurait en créer, Ou la nuit, La forêt, Le vent qui souffle sur la plaine, Un vautour dans le ciel, Les braises de la mort, Tout ce silence au fond des mots. * DU PAYS DES RENARDS EXTRAITS Blanche comme la neige Noire comme ses pierres Et rousses comme le vent Chargé de sable La montagne au soleil tremble Ce matin dans l'eau du lac. Des canards glissent sur les cimes Un poisson entre les dents; Sous l'eau un oiseau passe Il bat des ailes. J'aime le mystère naïf De ce matin frais comme l'eau Où le filet trompeur des mots Dit limpide et voile l'être Dans sa fatrasie rêveuse. * Jardinier je t'envie tes salades La tête hirsute des tournesols La terre chaude entre tes doigts La rose éclose du matin Et jusqu'aux araignées de ta glycine. Je cultive des mots seulement et des images Que souvent je vois sécher sur ma page Je parle et rien ne change Parfois la paix me fuit comme au premier jour. Pourtant sans le silence Que je poursuis à la lisière des mots Comment suivre un jour entier Le vol d'un papillon sur la prairie? * SUR LES MURS EXTRAITS Les murs n'ont pas de racines : Ces étrangères les traversent ; Les doigts de la mémoire Ensablent leurs crépis rêches. Les parois oublieuses S'abandonnent aux langues De l'eau qui les pénètre, Aux méandres de la nuit. Les murs inutiles Tombent comme les ailes Des moulins vaincus. * La nuit noue sur les murs Les doigts de la mémoire Mais toujours j'en reviens aux pierres En dépit de ma fantaisie. A la longue les murs se retirent Du sens où les enferme Ta voie contrainte vers le ciel, S'ouvrent aux sèves secrètes. Les murs au fil des jours S'épierrent jusqu'à perdre La rime et la raison. * |