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Poèmes Nous écoutons le chant de la sève dans l'alcôve close d'étoiles buissonnières Nous entendons l'appel des fleuves sous les draps rougis par l'amour Nous ouvrons le noyau de la nuit pour libérer la joie scellée dans nos os Nous savourons les luttes moites de l'adoubement Nos caresses multipliées résorbent l'ombre dans cette chambre qui troue le monde et les étoiles crèvent les murs pour dévorer les noirs augures Il faudrait que neige la nuit quand nos regards tressent les silences blancs de l'amour Alors nous serions l'espérance de la perle sous son couvercle et la stupeur tomberait vaincue au pied des fontaines pétrifiées * Dans les contrées où tous les oiseaux sont des proies gît le sang des peut-être Sous la parole inassouvie d'âmes comme un songe cache un continent perdu il est une terre promise et des nuages l'ombre qui saura panser les forêts Ma fiancée nue est plus belle au bois C'est elle qui dans la pierre tiendra pour creuse la mort reposant Et la neige deviendra laine magnifiante * L'ombre posée sur tes yeux se fait oiseau écartant les branches de tous les hasards Les paroles façonnent l'invisible jaillissant jusqu'aux lèvres margelles d'un nid Ton regard s'échappe du vent sur une plume tirée des ailes de la cendre chaude encore de tous les orages Au berceau dis-tu les fruits sont des fleurs La saveur succède au parfum et juin transforme en flamboyants les cerisiers * Poèmes brefs Dégel Sculptée par une flamme venue du froid une chandelle pend du larmier Au-dessous de la cire la goutte dans la neige creuse un trou Point d'exclamation La blancheur est en maudit contre le soleil * Énigme Brebis blanches et brebis noires passent mes jours et mes nuits sans que je sache si j'en suis le pâturage ou le berger Je suis parfois l'un et d'autres fois l'autre et je me demande quand je me rencontre qui me dévisage * Le temps nous froisse Les mots perdent leur pouvoir Les apparences changent On pourrait croire parfois que la terre tourne plus vite La pulpe se corrompt Mais l'amande reste intacte Elle récuse le plis des rides On ne se lasse pas de l'attente du bonheur Il est des lames qui sont des ailes comme les haches Cogne mon coeur pour délivrer mes éclats d'âme * Étoile filante Une place était vide entre deux cheminées Une étoile filante l'a prise * Le volcan fume lentement sa pipe et puis crache plus loin qu'un homme * Les mots cherchent un nid où s'accoupler pour que naisse l'enchantement comme s'ouvrent les bourgeons paupières fermées sur la lumière d'une fleur Est-ce l'émotion qui cisèle nos phrases ou bien celles-ci qui nous incisent * Un cerf-volant manipulé tourne en rond comme une toupie victime d'un envoûtement rouge sur l'azur sidéré Plus haut s'enfuient les oiseaux sans fil à leurs pattes * Les doigts inertes sur l'acier des harpes intérieures j'attends je ne sais quoi je ne sais quelle délivrance d'un mot plus lourd au sang que le fruit à la branche Je suis sur la ligne mouvante où l'eau et la terre s'abandonnent * |