OÙ SILENCES ET POÉSIE
                SE REJOIGNENT...



                EXTRAITS

                La femme sur le banc
                L'oiseau perché
                Tous deux rêvent
                De cette argile sculptée
                Dont ils eussent été
                Les personnages magnifiés...


                *

                Pas à pas
                Les mercenaires complotent
                Une géographie
                Où les cartes
                N'ont plus aucun sens.


                *

                Tous les yeux sont éteints
                Et le champ bleu du désir
                Le chant pâle
                Des coquelicots d'autrefois


                *

                REGARDS CORPUSCULAIRES


                EXTRAITS


                Grand Nord


                Protubérances d'arbres germinent au milieu des tourbillons
                et des villes.
                Des flaques au loin, concassées de givre, marbrent toute
                mémoire.

                Le chant se lève, libre des écorces poussives, de toute
                profondeur confondue.
                Des traîneaux courent coulent sur l'arête de temps
                invisibles,
                interminables.

                Un triangle d'oiseaux pointe vers le Sud.

                Des harcèlements de chiens hurlent dans la nuit. Une
                tentative de rose décalque le givre d'aurores imaginaires.

                Boréales nudités exterminent l'idée même du blanc.

                Solitude. Sapins dans des toundras de légende. Sapins qui
                ondulent comme la mer sous les vents ravageurs,
                cachant leur bleu dans le milieu des noirceurs anonymes,
                décharnées.

                Des igloos de sommeil ici et là consentent à ne pas laisser
                mourir toute trace, tout dessin réprimé parmi des mains
                figées.

                Lacis de brume ont glacé la croûte gelée d'une anonyme
                toile.
                Lacis de brume font contrepoids à des vacuités d'espace et
                de silence.

                On rêve de caravanes, d'or blanc pointant ses sables, de
                verdeurs supputées.

                Des tourments s'effilochent au gré des pas qui se
                referment, niant tout passage
                signe
                empreinte.

                Des figements de rires craquellent encore la voûte des
                cerveaux endormis. On sollicite l'image de grands geysers
                tièdes et bienfaisants,
                complices.
                On se raidit dans l'Immobile, statues de sel pétrifiées avant
                même d'avoir contemplé.

                D'immenses routes glaciaires ont changé le cours des
                destins.

                Dans la neige pleuvent les fourrures, mimant toute mort.

                Une lyre subtile fait vibrer l'air du Septentrion.

                A qui ne se perd est consenti le Chemin..


                *

                Le Mage


                Louvoyeur des hauts-fonds et des empires encastrés, il bat
                les cartes pour de nouvelles mises en scène : des lavis
                superbes, des fresques sur les murs des temples.

                Il psalmodie sans savoir, en toute intime Connaissance. Il
                évide l'intérieur de la pierre pour en faire un calice.

                Il a mille doigts, dix oreilles, quatre pieds : il est l'hybride
                sacré adossé aux murs du Palais près duquel il mendie :

                veilleur de guet dans la nuit
                héraut d'armes.

                Il a le secret du chapeau et de ses colombes : du tracé de sa
                plume, du modelage de ses doigts, elles prennent forme et
                consistance. Il est le dispensateur de la substance.

                Il court le long des veines du temps, hermaphrodite,
                hémophile. On le rencontre sur le bord des fleuves, au
                centre des forêts, au bout des déserts, dans les replis de la
                neige, sur la crête des vagues.

                Il est le décupleur des énergies, l'hématie bleue parmi
                de rouges nénuphars. Il s'échappe du labyrinthe par le haut.
                La verticale est son lieu. Il pourchasse la Présence.
                Cavalier du verbe, de la pierre, de la nuance - c'est selon -,
                il irrigue les chants de l'histoire, les rend à leur vocation
                d'archétypes. Il est le Scribe : celui qui trace les lettres
                pour en faire des oiseaux.

                Il est l'illuminé, le fou, le sage, la carte de Tarot avec
                laquelle on ne transige pas. Il est sphère, bâton, deniers, le
                premier, l'ultime voyageur, l'inspirateur des cycles, le
                moteur des univers.
                S'il arrive que sa voi(e)x se brise, des temples s'écroulent,
                des hommes abandonnent le sens et s'entretuent.
                Il sait qu'il a su, qu'il saura. Il fait confiance.
                Il démêle les fils de la Trame, écrit le poème du monde,
                surseoit à toute mort , implore tout pardon pour les vivants,
                sacre le printemps et sa chaîne d'ozones.

                Il passe, inaperçu dans le milieu des villes meurtrières. Il
                est sans âge, sans lieu. Il est le fil qui lie tous les destins,

                l'Ariane providentielle.

                S'il arrive que l'on décrète sa mort, de silencieuses
                malédictions s'abattent sur le monde , le cours des choses
                bifurque : de minuscules lunules, des croûtes, des plaies,
                des pestilences , des taches sur le soleil : l'heure des
                lamentations.

                Alors le Grand Esprit convoque un autre mage
                tel qu'en Soi-Même identique

                qui de nouveau se poste aux embouchures
                cassant l'enlisement des bancs de sable
                draguant les eaux putréfiées des marais
                frayant la route aux estuaires et aux deltas :
                A tout ce qui se jette dans la mer

                la mer

                La Mer !


                *

                TEMPORALITÉ DES MIROIRS


                EXTRAITS


                Chant IV


                Des peuples d'oiseaux neigeaient
                Dans les trous noirs du temps
                A reculons désormais
                S'éloignaient les demeures souterraines :
                Ici et là jaillissaient de pâles prophètes

                Mirages brûlants des déserts !

                Je les ai parcourus homme
                A la pointe acérée de ta lame
                Je les connais ces démarcheurs
                Des subtilités bleues
                Dans la nuit engorgée des sables,
                Homme j'ai ta veine à mon poignet !

                Aux cadrans de mes saisons
                Elle bat son pouls monotone
                Encastre telles neiges scandées
                Aux rivets douloureux
                Des muettes abnégations
                Quelle révolte gronde en moi !

                Mais je construirai
                Sur l'absence

                Mes mains se referment
                Sur un théâtre d'ombres
                De lumières
                Une facétie
                Où sanglotent les visages verts
                De mes printemps déchus

                J'étreins d'autres visages
                Oh ! D'où res-surgis ?

                Mirages brûlants des déserts !

                Je les ai parcourus homme
                Ces points de non-retour
                Où tu m'as fait saigner :
                Vois immuable est ce sourire
                Aux germes d'or de tes racines
                Je t'ai pardonné tu sais

                Je t'ai proclamé moi
                Lilith
                Dans les sueurs neigeuses
                De tes refus
                Archange à venir
                Sous les étincelles bleues des épées

                Mirages brûlants des déserts !

                Je les connais homme
                Ces sillons où le vent gelé
                Disperse les signes
                Muette alors est la route,
                Soubresauts de la bête
                Sous les sables

                Emergence de la faux
                Malgré les scintillements

                Démarcheur des hauts-fonds
                Dans les profondeurs descendue
                J'ai touché la glaise
                Que ta main sculpta
                - Voici bien longtemps -
                Dans l'eau muette du double

                Mirages brûlants des déserts !

                Mais repères invisibles
                Car les étoiles cheminent :
                Les abjurations
                Ne feront rien à l'affaire.
                " Quelle histoire de Petit-Poucet
                me contes-tu là Lilith ? "

                " Je te conte
                Que les mirages
                Sont des réalités
                Simplement
                Lointaines
                Ami "


                *



                Site de Silvaine Arabo:
                POESIE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI





    Anthologie                                        



    Accueil                                          









    Hit-Parade