11 janvier 98

La panne


on a le coeur en panne
le verglas n'en finit plus de gémir
l'électricité a flanché depuis des jours
la métropole frileuse
s'est figée dans la tempête
on a froid
les maisons sont aveugles
il n'y a plus de lumière
plus de chaleur
on se sent isolé
orphelin

il grésille sur le nord du monde
dans les rues des cités
les arbres translucides et verglacés
brillent comme du cristal
ils ploient sous la glace
leurs branches se brisent
craquements lugubres
elles tombent à leurs pieds
où elles gisent
comme des membres blessés
amputés
charcutés
la mort épie
cachée
tout n'est que désolation

on se sent comme des naufragés
amarrés à la banquise polaire
grisaille sur le Québec gelé
le pays s'est éteint
il gît sous un suaire de givre
paysage dévasté
pylônes renversés
glacis de fils inertes
la population espère
en implorant le ciel
le feu sacré des vestales

on a le coeur en panne
on attend que l'énergie
jaillisse à nouveau
qu'elle revienne
encore plus vigoureuse
le verglas a cessé
il a laissé sa place à la froidure

on se remet à l'ouvrage
nul ne ménage sa peine
on a la force des pionniers
celle de leurs mains
celle que l'on garde en réserve
pour faire vivre le pays
celui de demain

*
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