26 novembre 97

Ô la nuit


le jour s'est retiré
pour la nuit
le front rougeoyant
il a fermé les yeux
dans le noir
il s'est endormi

le ciel s'est piqué d'étoiles
de son œil torve
d'hibou éborgné
la lune regarde par terre
elle fixe de travers
comme un cyclope
la planète ombragée

quelqu'un dans le soir
a sifflé
pour éloigner les cauchemars
amulette sonore
gris-gris d'un griot
à la grise mine
qui dort
à deux poings fermés

comme tous les chats sont gris
ils se baladent incognito
et miaulent
à qui mieux mieux
dans les sordides ruelles
malodorantes
où se dressent en ligne
à queue leu leu
les sacs de poubelle

les gens à la conscience tranquille
se vautrent dans leurs rêves
avec la lampe d'Aladin
ils se transportent au loin
ils en profitent
avant d'atterrir
demain
de manière brusque et brutale
dans la routine
celle-ci veille sur leur sommeil
les guette
prêt à s'emparer d'eux
dès qu'ils ouvriront les yeux

bientôt
toujours trop vite
la sonnerie du réveil
stridente
retentit à leurs oreilles
un peu surpris
par la fin de la nuit
ils rentrent d'un pied ferme
dans le jour nouveau
qui ressemblera à hier
comme deux gouttes d'eau

ils sont toujours en vie
c'est déjà demain
sans surprise ils reprennent
le train train journalier
c'est leur pain quotidien
ils enfouissent les rêveries
dans les plis du drap
ils sautent du lit
on les attend là-bas
prennent le métro
repartent pour le boulot

ainsi
pour certains
va la vie
jusqu'à sa fin
il ne faut pas en rire
plutôt en pleurer
ils attendent la nuit
pour ses rêveries
le jour
ils les oublient


*
(Retour à l'accueil)