Le 28 septembre 98


Mystère des mots

les mots gisent éparpillés
au creux de notre mémoire
fragile et oublieuse
nous les avons cueillis et recueillis
au cours des ans
comme des fleurs dans un champ
ils gisent en gerbes
au fond de nous
tantôt ils nous appellent
nous interpellent
tantôt ils se cachent
nous partons à leur recherche
puis au détour d'une rue
d'une fleur ou d'un lac
d'une joie ou d'un chagrin
ils croisent notre chemin
et s'abandonnent entre nos bras
alors nous les arrimons
et puis ils s'animent
nous pensons être magiciens
et leur redonner vie

mais qui vraiment les choisit
souvent ils se livrent eux-mêmes
après un long sommeil
dans quelque repli du cerveau
ou bien on les redécouvre
par hasard ou pour les avoir tant courus
soudain sous la plume
ils se mettent à nu
ils s'accrochent et se lient
se métamorphosent
se transforment ou se déguisent
en images et en métaphores
ils nous échappent
ils deviennent indépendants
ils nous dictent leurs voeux
leur désir de danser la farandole
ou celui de composer une élégie
et quand le poème est fait
pour éviter d'être repris
certains on vite fait de s'enfuir
pour se cacher dans la main de l'oubli



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