Ce recueil contient quatre longs chants d'amour. Ils sont récités par l'auteur. Chacun d'entre eux peut-être téléchargé ce qui , selon la configuration et les paramètres de votre ordinateur, peut prendre de 3 à 20 minutes, peut-être plus pour les ordinateurs plus lents. Donc, soyez patients...
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8-18 juin 99


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conflagration sidérale
éclatement de mon être dans ses veinules
big bang qui fait exploser mon univers
en mille planètes farouches
qui se dispersent à tous les vents
esseulées
écartelées aux quatre points cardinaux
dénudées

les galaxies tissent le ciel à perte de vue
dans l'infini du temps
me voilà effondrée dans ma solitude
femme à crinière effarée
indomptée
dans les silences bleutés et profonds
où les bruits s'abattent en gerbes de feu
ils me rendent sourde à la raison
irruptions de sève et de lave
magma de doutes sans réponse
aveuglement
trous noirs qui gobent mes étoiles
une à une
désespérance
j'ai peine à me retrouver
je me perds dans ma propre fuite

secousses barbares
qui m'ébranlent dans mes racines
et dans le doute je m'engloutis
et s'engloutissent avec moi mes certitudes

colombe fragile je me cache dans le noir
où veillent les rapaces nocturnes
qui me guettent
ils me suivent de leurs yeux cruels
hagards et sombres
toujours aux aguets
au sommet de la forêt au profil d'ombre

femme à cœur de ventre
blessure béante qui déchire ma chair
dans sa source sensuelle
dislocation de mes membres épuisés
fleurs qui germent en incandescence
poussières d'étoiles qui s'embrasent parmi les fleurs
mon cœur s'échauffe et s'enflamme
jusque dans la rage de mes griffes
jusque dans l'orage de mon amour

je m'échappe de l'irruption céleste
vaisseau fantôme
où l'ombre de mon ombre se cherche
je m'en vais vers toi
en marchant sur les genoux
mon amant
mon époux
pour t'aimer de mes ardeurs sauvages
fleur d'étoile à fleur de mer
pour habiter tes songes
ô mon bien-aimé
dans cet espace paisible
loin des cris et des clameurs
où jaloux de ton indépendance
tu dors lové dans ton œuf
au milieu de la nuit
loin de l'arbre squelettique de la peur
tu te laisses bercer par les rêves irréels
qui illuminent les arches de tes voussures

j'ai sellé les chevaux de mer
aux sabots d'airain
fougueux dans leur colère
ils fendent devant moi l'onde houleuse
à bride abattue
je fustige leurs flancs ensanglantés
ils galopent à s'échiner
prennent le mors aux dents
ils ont l'écume à la bouche
je les talonne de près
naviguant dans leur sillage

je guide mon frêle esquif
sur les flots en furie
démontés
qui fouettent le bastingage
dans le tourbillon du roulis
étourdissement
dans la violence du tangage
nausée

je m'approche de ton rivage inviolable
l'âme au vent
je me bats dans les naufrages
devant
le mat de misaine en bannière
au centre
le grand hunier
qui nargue le courroux des dieux
je fais face aux morsures des tempêtes
angoisse
misère

hurlement de l'orfraie
j'échappe au regard de la mort
évitant les battures et les échouements
les vertiges des vents
qui tourbillonnent avec démence
je m'approche de toi
je longe enfin tes côtes
bateau aveugle et muet
ma paume large ouverte fait voile vers ton refuge
je m'insinue dans la calanque
qui te protège
de ses bras paisibles et doux

je t'aborde amoureuse
les yeux remplis de la rosée du bonheur
engorgée du sel de la jubilation
je t'approche dans la tendresse de l'aube
qui te veille à l'abri du sommeil
puis aux premiers rayons perlés de l'aurore
je glisse dans la tienne ma main
pour chasser les esprits malins
pour les éloigner de ton front lisse et beau

je conjure le mauvais sort
pour que tu puisses reposer
calme dans ton indolence
protégée par la quiétude et la sérénité
les vagues caressent ton corps
je m'étends à tes côtés
sur le sable chaud
fourbue et courbaturée
pendant que dans le ciel
tout là-haut aux confins du néant
les étoiles se penchent vers nous
scintillent dans la joie lactée
ivresse crépusculaire
de nos épousailles marines

nos corps s'unissent
et le temps glisse avec lenteur
dans l'ardeur de nos retrouvailles
je me tiens à la bouée
celle de tes bras musclés
où je me coule avec langueur
où je me réfugie dans la force de tes enlacements
je me laisse séduire par tes envoûtements
tu fermes les yeux
pour venir me rejoindre dans mon intimité
tout au fond de mes entrailles
pour partager mon espace rêvé
là au sein de ma chair vive
à l'embouchure de mon ventre chaud
brûlant de mes émotions
aux lèvres ouvertes à fleur de peau

je crie ton nom à tue-tête
au rythme ondulatoire de nos êtres
aux chants incantatoires des marées
aux pulsations lentes
des cérémonies aux rituels sacrés
qui combinent et l'eau et la braise
dans les étincelles de nos regards éperdus
de nos corps en fusion

voilà que tu esquives mon regard
ton visage se détourne du mien
tu replonges dans ton temple secret
derrière tes paupières closes
tu restes silencieux
tu barres le chemin qui conduit vers toi
tu me laisses languir d'inquiétude
alors que gronde en moi la tempête
que la passion impatiente fait rage
que je me rive à ta peau
que je m'y agrippe
de mes ongles effilés et pointus

or je sais voir au fond de ton âme
tu affectes de m'aimer
alors que je rampe à tes pieds
que le désir m'affole
que mes seins nus sur ton dos
échauffent mes sens
que mes instincts brutaux
me lancent à l'abordage de ton sexe

tu crains l'esclavage du caillou
emprisonné dans sa rondeur
alors que les secousses telluriques
ébranlent tes fondations
jusqu'aux germes de la floraison
tu me repousses sans le dire
tu m'évinces de ton univers
faisant fondre en pleurs mon ivresse en délire
tu déposes sur mon front
le baiser humiliant de l'affront
tu éteins toutes mes exaltations
avant de me laisser dans l'effondrement
solitude
isolement

du plus loin que les yeux puissent voir
et distinguer le jour du soir
je t'ai suivi
moi qui suis venue au risque de périr
j'ai chevauché vents et tornades
dans les flux et reflux des lames hostiles
hautes et creuses
sans repos et le regard toujours en éveil
c'est de fatigue que je m'étends
tout contre toi
face contre terre
ma chevelure étoilée
éparse sur ton torse impassible

odeur de musc
qui éveille mes pulsions les plus secrètes
qui fait frémir mon souffle alangui
mais tu restes tiède et imperturbable
face à mes avances passionnées
à mes épanchements de fièvre

alors qu'auprès du puits
je meurs de soif
je me meurs d'amour
d'amour pour toi

l'harmattan souffle du désert
ave l'haleine brûlante du désespoir
il ride les dunes de sable
il transporte les prophéties des griots
il fixe sur moi son mauvais œil
noir de rancune

je crie à l'aide
pour que l'on me tende la main
que l'on me donne les amulettes et les grigris
pour que je secoue
les présages de malheur
qui me poursuivent avec mépris
qui considèrent avec dédain mes sanglots



la flamme en toi s'est tue
elle agonise et se meurt
alors que je viens vers toi
après avoir conquis l'espace
d'un jet de pierre
les malédictions se suivent de près
malgré mes airs étonnés
elles me talonnent depuis si longtemps
si longtemps

pour toi
mon être aimé
je me suis blessée et meurtrie
comme une chienne
qui dans sa détresse force sa laisse
le cou déchiré par le collier
haletant à bout de souffle
dans cette folle course
pour te rejoindre à jamais
que de désespoir
ô mon cœur
que de mélancolie

j'ai traversé pays et contrées
pour venir jusqu'à toi
indifférence
insouciance
ta voix vibre d'un timbre mensonger
outrage à ma colère
tu te tiens devant moi
sans solidité et sans courage
et peu à peu je m'affaisse
tu enlèves de ma demeure la pierre angulaire
et sur moi elle s'abat de toute sa lourdeur
elle m'enterre sous les décombres
stupeur
douleur

je te dévorerai le foie
je planterai mes crocs acérés
dans tes viscères d'amant infidèle
je me crèverai les yeux
pour ne pas avoir à te pleurer
reste-là endormi
tu ne mérites pas une prière
et j'en appelle à la vengeance des vents
qu'ils soulèvent la force des flots
pour qu'ils t'emportent à jamais
dans leur linceul de fureur
ainsi je pourrai enfin t'oublier
te biffer de ma mémoire
raturer sans aucune nostalgie ton nom

je me voile la face
humiliée dans la naïveté de ma ferveur
je te renie à jamais
et avec toi notre passé
la comète s'est enflammée
à travers l'atmosphère
avant de frapper de plein fouet la terre
et d'y creuser dans un éclair foudroyant
une blessure si profonde
ô tellement douloureuse

béance de tristesse
fleur d'étoile à jamais meurtrie
âme d'ecchymoses couverte
je m'en retourne dans mes songes
éplorée
veuve trahie
maîtresse injuriée
seule et solitaire dans mon firmament
où les astres ont cessé de briller

*






28 juin - 9 juillet 99


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ton cri perçant
affamé
assoiffé
soupir d'amour ardent
qui se répercute en cascades d'échos
qui se répondent
du haut des sommets rocheux
jusqu'au fond des falaises
tes gémissements de désir
résonnent au-dessus de la mer
ton chant de sirène
ô ma bien-aimée
me parvient du bout de la terre
alors qu'ici
éploré
souffrant de souffrance
celle de ton absence
je me désespère

je te cherche en vain parmi les fleurs
qui étoilent le ciel
qui illuminent mon firmament
je guette la trace de ta présence parmi les astres
qui tournoient dans leurs danses rituelles
avant que l'aube ne les chasse
de l'autre côté de l'univers

vite j'accours à ton appel
le coeur en éruption
volcan qui se consume
qui brûle de passion
je me dirige au son de ta voix
l'âme en liesse
pour retrouver ton regard
rempli d'allégresse
pour voir s'y refléter lumineux
les voiles multicolores
des aurores boréales
qui dans le silence des banquises
exécutent leurs chorégraphies féeriques

ivresse
étourdissement devant tant de majesté
tant de splendeurs
ballets mirifiques
luminosité phosphorescente
qui change du vert au rose
qui fait briller tes yeux d'onyx
puits profonds qui m'appellent
envie irrésistible de m'y noyer
de m'y dissoudre
de m'y perdre
jusqu'à l'anéantissement
besoin irrépressible
de m'étendre sur toi
sur l'arche majestueuse
de l'arc-en-ciel
qui irise ton corps spectral



fleur de ma vie
physalis délicat
dont la véhémence amoureuse
tient mon coeur en otage
prisonnier au creux du calice
de tes mains fermées
toi qui as la beauté du magnolia
aux douces fleurs virginales
aux pétales soyeux
satinés
autant de bouches odoriférantes
qui chantent du chant des oiseaux
tu parfumes mes nuits
de ton corps de lavande
tu embaumes l'air des odeurs capiteuses
de la rose et du jasmin
de la jacinthe et du laurier
toi ma maîtresse
ma Venus jalouse
mon étoile du matin
qui clignote des yeux
quand ton visage en me regardant
s'enfonce dans l'oreiller

je déposerai sur ta tête
la couronne sacrée des druides
sertie de soleils couchants
cueillis à l'ombre des menhirs
j'irai dans les profondeurs marines
sonder les grottes secrètes
qui cachent les bancs de corail
pour t'en tresser un collier
j'y joindrai des coquillages et des perles noires
signe d'alliance
il ornera ton cou
il éloignera colère et violence
talisman qui te protégera des maléfices
des châtiments des dieux
je mettrai à ton doigt
une bague taillée dans la pierre lunaire
qui à jamais scellera
l'union de nos chairs
qui marquera devant tous
notre appartenance commune
à la même étincelle de vie
à la même terre
aux mêmes racines

je m'approche de toi
nomade affolé
éperdu
à travers les forêts sombres et denses
le ciel a détourné son visage de lumière
je cherche ma route dans le noir
sous des nuages orageux
que les vents balaient de leur épouvante
la foudre fend l'ombre
éblouissante
elle zèbre l'espace
y inscrit dans le cillement du tonnerre
des signes cabalistiques
qui me parlent de toi
qui me rapprochent de ta chaleur
j'évite les écueils et les abîmes
voyage initiatique
qui me ramène à tes pieds
pas à pas
dans l'espoir du jour à naître
qui éclairera ma route
jusqu'au pas de ta porte
où m'attendent impatientes
la tendresse de tes mains
l'affection torride de ton corps

pour soulager le feu qui nous dévore
je conserve dans une main
la fraîcheur des icebergs
mémoire du temps
au regard impassible
qui se perd au-delà du lointain
comme celui du grand sphinx
qui veille aux portes du désert
solitude
prudence
j'apporte aussi dans l'autre main
pour nous réchauffer
quand trône l'hiver sans fin
la chaleur des geysers
amour de braises
souffle des entrailles de la terre
que fait jaillir le magma primal
origine de nos existences
ô prunelles de mes yeux
fulgurance de mes amours
incandescence de mes jours
rayonnement de mon soleil
qui illumine la voûte de mes cieux
je perlerai ton front
de l'éclat des perséides
je m'éclipserai dans ton ombre
je me dissoudrai dans la nitescence
pour revivre en toi
une nouvelle naissance
résurgence
renaissance

loin de toi
je suis aux abois
torturé par les morsures de l'inquiétude
j'entends dans les frissons des arbres
ta voix
elle bruisse et frémit dans les futaies
elle gazouille à travers les cris d'oiseaux
elle me parle et m'appelle
de toutes ses forces
elle me transmet avec douceur
l'épithalame aux mots de tendresse
qui retentira dans la grotte de nos amours
psaume sacro-saint
qu'entonneront les chorales enchanteresses
des fées et des esprits de la terre et de l'eau
qui ont nourri avant nous nos ancêtres



tu imprimeras tes lèvres sur les miennes
et tu arrêteras sur moi seul tes regards errants

en route vers ton royaume
l'espérance hâte mes pas
fait bondir le sang dans mes veines
fait tambouriner mon pouls à mes tempes
à m'en faire perdre la tête

laisse-moi dire la fluidité luxuriante de ta chevelure
quand elle se déverse sur ma poitrine
laisse-moi dire la beauté de tes yeux
quand brillent en eux mille lucioles
aux couleurs lumineuses
changeantes
chatoyantes
qui valsent au fond de ton regard
laisse-moi dire la volupté de tes lèvres
quand elles se frôlent aux miennes
en me chuchotant des paroles passionnées
laisse-moi dire la sensualité de tes seins
quand tu les suspends au-dessus de ma bouche
comme des fruits murs
quand tu me provoques
quand tu m'invites à les couvrir de tendres morsures
laisse-moi dire l'érotisme de tes hanches nues
qui m'invitent à l'union de nos sexes
où nos êtres se soudent
pour ne plus faire qu'un
se perdre l'un dans l'autre
dans la jouissance de nos chairs
qui nous traversent de part en part
de leurs fulgurants éclairs
plaisirs qui jalonnent la route vers l'orgasme
explosion
convulsion

fascination pour ta blessure génitale
cette fragile porte qui m'ouvre à toi
ce porche en ogive qui m'invite à te partager
à m'insérer dans l'essence de ton être
attrait de cette cavité mystérieuse
fleuron vulvaire qui s'épanouit en un quadruple pétale
tu gardes les idoles muettes de ton intimité
les esprits de ta race
je m'agenouillerai devant tes divinités
qui se tiennent immuables
dans leurs postures hiératiques
j'offrirai les libations avant d'entrer dans ton temple
je verserai sur le sol le vin et le sang
j'explorerai ses recoins les plus occultes
où se cachent les secrets du plaisir
ceux de l'euphorie
ils se tiennent juste au seuil de la mort
ils résident juste au seuil de la vie
nébuleuses
galaxies du monde
univers de notre vie intime et commune
où se joignent dans les limites de l'amour
nos plus profondes ardeurs

ô ma bien-aimée
source de tous mes rêves
de tous mes espoirs
de toutes mes jouissances
de tout mon bonheur
je pleure de joie
à la seule idée de me retrouver
à nouveau
dans tes bras
dans le vertige
dans l'étourdissement de tes caresses
toi qui me tends les mains
pour m'offrir le ciel
avec sa pléiade et ses planètes
avec ses constellations et ses comètes
yeux de mes yeux
regard de mes mains
touché de ma peau
sens de mon être
mon double et ma soeur
ma mie et mon adorée

je m'introduirai dans tes sous-bois
bravant tout interdit
je passerai l'arche vaginale de ta grotte
je pénétrerai dans ton sanctuaire
je céderai à l'invitation de ta chaleur tiède
je brûlerai l'encens
aux dieux tutélaires
j'y transporterai mes pénates
je parcourrai la mémoire de ta peau
dans ses plis et replis
je remonterai le courant de ta source
pour arriver jusqu'à toi
jusqu'à tes origines
ceux de ton être
pour enfin te connaître
savoir qui tu es
et pourquoi je t'aime à en mourir
je me souderai à toi
à l'ossature de ton vaisseau
et nous partirons au loin
au gré des flots
je me soudrai à ton corps
à la charpente de tes os

je resterai dans ton pays nordique
aux confins de la terre
je m'y accrocherai pour le reste de mes jours
je ne te quitterai jamais plus
nous nous collerons l'un à l'autre
chair contre chair
pour sombrer dans le silence de nos âmes
et je crèverai l'oeil géant du cyclope
ce soleil de minuit
qui éternise la journée polaire
oui je crèverai l'oeil de cet astre de vie
pour que nous puissions enfin
et pour toujours
nous endormir ensemble
dans la nuit sans fin
des temps à venir

*






13 - 21 juillet 99






quand tu es partie
la nuit s'est fermée sur ma vie
avec brutalité
en me quittant
derrière toi tu as verrouillé la porte
à jamais
toi prisonnière de ta maladie
tu as laissé mon âme orpheline
révoltée
le ciel qui t'a ravie avec cruauté
à mon affection
m'a en même temps que toi tué
il a assassiné tous mes printemps
toutes les floraisons à venir
il m'a laissé inconsolé
inconsolable

la face fixant les cieux
j'ai levé les poings
en blasphémant les dieux
sous mes injures ils n'ont dit mots
imperturbables
inexorables
et je les ai maudits
la colère au coeur
vautours mangeurs de charognes
je me suis terré
j'ai fui le jour et ses fausses promesses
ne vivant que dans le noir
dans l'ombre
dans le présent aux sombres tourments
combien de temps ais-je vécu en aveugle
pour conserver la mémoire de ton visage
l'odeur de ta douceur
le reflet de tes yeux profonds
où je coulais des heures heureuses
dans la clarté de tes nébuleuses
îlots de fraîcheur
où mon âme baignait dans le bonheur

ta robe de mariée
gît solitaire sur le lit
blanc linceul de nos amours mortes
que la marée
en se retirant peu à peu
avec le temps
au fond des flots emporte
que reste-t-il de nos épousailles
une bague à mon doigt
qui me retient encore à toi
où que tu sois
ailleurs ou nulle part
qui me retient encore à toi
au bord du gouffre de la mort

je suis en deuil de mes espoirs
emmurés sous tes paupières closes
je vis du passé
je tiens en mes mains
cet écrin que tu m'as donné
qui renferme une mèche de tes cheveux
fil d'Ariane si ténu
qui me conduit vers ton souvenir
de plus en plus confus
qui chaque fois me fait vivre la mort
ta mort
quel abandon
qui me fait vivre la mienne
funèbre défeuillaison

oserais-je seulement me remémorer
ta chevelure de comète
aux blondes mèches de lumière
qui ruisselait sur mon corps
comme une fraîche rivière
oserais-je me rappeler
l'appétit de ta bouche
qui buvait avec la mienne
à la même source de tendresse
oserais-je évoquer ton corps vierge
dans sa nudité pudique
que je caressais avec tant de maladresse
première femme de ma vie
premier soupir à mon oreille
premiers frémissements d'un corps
entre mes bras
réminiscence de mon trouble
de mon émoi
de ta joie quand tu m'as fait don du bonheur
de la mienne
quand tu jouissais en pleurs
qu'aurions-nous pu espérer de plus
de plus merveilleux
que les balbutiements de nos corps amoureux
que les cris que nous étouffions
avec timidité
dans le creux de l'oreiller
pendant que tes ongles s'enfonçaient dans ma peau
pendant que je tirais avec force ta crinière
ô amour
ô sanglots
marguerite fraîche et blanche
si peu effeuillée
que j'ai trop aimée
chérie à la folie
adorée passionnément
qui s'en est allée
sur la pointe des pieds
délaissant notre lit
combien prématurément
compagne de mes jours
complice de mes nuits
fleur odoriférante
corolle aux pétales tendres
dont j'ai butiné le nectar divin
l'ambroisie
qui devait te rendre immortelle
sous une pluie d'étoiles filantes
qui composaient notre ciel de lit
qui tissaient notre avenir
pourquoi t'a-t-on emportée
amputée de mon être
toi ma moitié
ma soeur
ma mie

je ne vois plus rien
le crêpe nocturne
voile mon chagrin
je veux te rejoindre au-delà des espaces
au-delà du temps interplanétaire
je voudrais me jumeler à ton astéroïde
pour que nous puissions nous retrouver
valser pour l'éternité
dans l'immensité de l'étendue sans limite
délivrance
luminescence
à nouveau tu m'étreindrais de tes mains
tu m'enlèverais de ma fin
pour que je vive dans ta mort
tu me ferais naître encore une fois
à l'envers du destin
toi mon étoile du matin

implosion de mon être
je serais tout d'un coup absorbé
dans la conscience de l'univers
je ne verrais plus qu'à travers tes yeux
astres qui scintillent avec tendresse
je m'envelopperais dans les couleurs diaprées
des fluorescences boréales
je me perdrais dans les clameurs chantantes
sidérales
de la Voie lactée

derrière ton ombrage
je veux disparaître
pour te rejoindre au point gamma
tout là-bas
là-bas
à la jonction de l'écliptique
dans l'axe de la terre
quand celui-ci
à l'extrême limite du cosmos
se croise et se confond
avec celui de l'équateur céleste
nous nous envolerons tout là-haut
au-dessus de l'abîme
où de nos ailes angéliques
nous pourrons ensemble
nous anéantir dans l'au-delà
passer de vie à trépas

faut-il évoquer cet Eden
dont nous avions tant rêvé
ce nirvana
encensoir de nos désirs
qui se dissipaient dans l'air du soir
faut-il évoquer ce fruit béni
que nous espérions de nos amours
l'enfant de nous désiré
que tu ne pourras jamais porter
fantôme de nos songes
qui nous unit par-delà nos chairs
fracturées
séparées
enfant mort-né
qui ne vivra que dans mon noir sommeil
que faire en ton absence
quand viendras-tu de l'éther
m'insuffler le courage de vivre
moi qui ne suis plus qu'une plaie
qu'un être mutilé
qui ne peut survivre sans toi

mon paradis perdu
mon empyrée d'affection
où nous croquions le fruit défendu
à pleine bouche
sans retenue
ma flamme
ma déraison
toi mon ingénue
qui timidement t'initiais si bien à l'art
de porter mes sens aux nues
à l'apogée du plaisir
du bonheur éperdu
ensemble nous errions heureux
à la découverte de nos intimités
affolés
émus
comblés
repus

mirage de mes jours
oasis lumineux
où aux pieds de ton ombre
j'ai déposé ma félicité
où se mirait dans l'eau
nos visages affectueusement accolés
reposoir de mes extases
source de mon karma
nous avons bu dans le calice de nos mains
les décoctions magiques des chamans
qui nous ont portés au sommet du contentement
de l'enchantement
du bien-être
du ravissement

je me sens vampirisé
esseulé et manipulé
on m'a volé mes rêves
on a pillé mes plus belles années
pour en faire des cauchemars
on a travesti ta mémoire
je ferme les yeux pour tenter de te revoir
et tes traits si harmonieux
s'enfuient dans les brumes de la vacuité
je ne perçois d'eux que des cillements
évanescents et vaporeux
il ne me reste que la mémoire de ta peau
celle de ton regard enveloppant
épris et ardent
qui me regarde dans mon monde intérieur
nocturne
secret
dont je t'avais donné la clé
il me fixe
me tourmente
avec le poids de la désespérance
ô mon amour
ô ma souffrance

pour moi il n'y a plus de temps
plus d'heure
plus de jour ni de nuit
c'est toujours minuit
il fait toujours noir
dans le ciel du désespoir
pour moi il n'y a plus de saison
il n'y a que l'hiver
que la solitude
sans ton corps chaud
sans tes embrassements
il n'y a qu'hier
et j'y dépose des fleurs
à notre passé
à notre bonheur
à nos étreintes
à nos baisers
toi mon oiseau
toi mon coeur
si vite envolé

d'un pas décidé
faisant fi de la vie
je m'avancerai dans la mer
pour me perdre
pour me dissoudre
dans les profondeurs océaniques
je marcherai vers le centre de la terre
pour te rejoindre
je me jetterai dans tes bras
aux confins de l'univers
aux limites de l'espace et du temps
là où nos âmes se toucheront
se reconnaîtront
là où dans l'éphémère de l'éternité
nous nous fusionnerons
jusqu'à la fin des temps
ô mon amour
ô mon unique passion
ma raison de vivre
ma volonté de mourir

ce soir
couché sur le sol nu
je considère le ciel étoilé
mon âme s'y égare
elle n'a plus envie de respirer
elle n'en peut plus
ne peut plus après toi soupirer
elle s'est parée de jade
a mis à son cou un collier d'ambre
ses désirs sont comblés
elle me tient la main
et nous attendons mon coeur
que tu viennes nous chercher
nous emporter
auprès de toi
nous emmurer dans ton tombeau
ma bien-aimée
toi mon flambeau
lumière de ma vie
viens à moi
viens me prendre pour que je vive
par toi et avec toi
à perpétuité
toi
mon alpha et mon oméga

*






10-31 août 99






tes yeux bleus
ciel sans nuage
s'ouvrent sur des paysages qui s'émerveillent
douce incitation aux voyages
aux évasions
mer calme qui se berce
dans la chaleur de ton iris
mais voilà que tout chavire
coup de foudre
tremblement de nos êtres

par quel filtre d'amour
a-t-on enchanté nos coeurs
de quel charme
a-t-on envoûté nos âmes
pour qu'en si peu de temps
nos regards à peine croisés
l'émoi amoureux nous ait ainsi terrassés

souvenirs embrasés
d'une nuit torride
où deux inconnus
l'un à l'autre se sont donnés
et ensemble ont vécu
l'insomnie des entrelacements
des fougueux emportements
dans la moiteur nocturne
de la possession
des embrassements

le lever du jour
nous a surpris éveillés
trop fatigués
trop fourbus
après ce séisme si violent
qui a ébranlé nos racines
qui a consumé nos ardeurs
dans le brasier d'un amour fou
nous avons en une seule nuit
épuisé et dissout
évidé
toute une vie amoureuse

toi mon étrangère
au corps capiteux
voluptueux
qui a couru vers moi
alors que je te tendais les bras
nous nous sommes étreints
sans nous connaître
perdus sur l'île vierge
où nous nous sommes échoués

les vagues orageuses
en hurlant
se sont fracassées
aux parois rocheuses de nos désirs
la lune s'est éclipsée
derrière les nuages
nous plongeant dans l'obscurité
laissant à nos sens exaspérés
la parole des gestes
ceux fiévreux
de nos mains et de nos bouches assoiffés
insatiables
qui ont parcouru nos chairs vives
y faisant fleurir la jouissance
aussitôt cueillie
aussitôt renaissante
en fleurs parfumées
qui nous ont ravis jusqu'à l'ivresse

le temps s'est arrêté
dans le sablier
mutisme de l'instant démesuré
alors que le jour s'étonnait
tout éveillé
tant fut bref l'espace nocturne
où nos membres se sont entremêlés
dans une intimité passionnelle
que l'on savait sans lendemain

je me suis insinué
perdu
dans l'horizon de ton regard
tu as pénétré le mien
y arpentant les moindres recoins
nous nous sommes retrouvés
humant les parfums
dans le même jardin
comme si de tout temps
nous avions partagé un commun destin

oréade qui m'a entraîné
dans les replis des monts
me dévoilant tes seins fermes et ronds
pour les offrir à ma bouche vorace
tu m'as invité dans l'intimité de ta grotte
loin de tout regard
et sur ton pénil
j'ai déposé mon ventre chaud
et nous nous sommes unis
dans la chaleur de nos sexes

les étoiles flottaient et scintillaient
à la surface de tes rétines
où se noyait ma nuit
tes lèvres en fleur
s'accrochaient aux miennes
avant de parcourir ma peau
et d'éveiller mes sens
de les mettre à vif
exaspérant mon envie de te posséder
puis à pleine bouche
j'embrassais ta gorge
tes mamelons en érection
jusqu'à ce qu'en toi je m'introduise
et qu'ensemble
nous partions à la découverte
de terres inconnues

à la main gauche
une alliance ancrait chacune de nos vies
dans un autre coeur
l'amarrait à un autre quai
que baignait encore l'été
pendant que grisés
dans l'éphémère du moment
nous vivions toutes les saisons
en silence
rivés l'un à l'autre
comme pour toujours
même si nous savions qu'avec l'aube
nous nous quitterions sans retour
chacun rejoignant à son port d'attache

l'anse de tes bras
autour de mon cou
tes jambes élancées
se nouaient sur mes mollets
ton souffle chaud
murmurait à mon oreille
les mots de la passion
aux syllabes lascives
au rythme haletant
que l'on scandait dans l'intime abandon
de nos corps éperdus
et perdus
dans la sueur du soir
alors que dans le lac de tes yeux
se miraient les astres
et la profondeur du cosmos

sur ton corps s'éclaboussait
l'écume du plaisir
sur tes lèvres souriait
l'incarnat de la rose
à la véhémente fringale
ta peau brûlante
se perlait des frissons du plaisir
extase exquise

et je m'attardais en toi
comme dans le nid d'un printemps
qui refuse l'hiver
qui nie et qui bannit le temps
pour se fondre dans le présent
je restais enfoncé dans ta tendresse
où mon coeur avait trouvé son havre

secousses sismiques
spasmes du coeur
quand les frémissements
ébranlent les certitudes
quand les planètes
se croisent
dans leurs orbites
se frôlent de leur magnétisme
du bout des doigts
de l'extrémité du regard
dans l'attirance dangereuse
celle de l'appréhension d'un cataclysme
attrait du gouffre
du saut de l'ange dans le vide
pour s'abîmer dans le néant
avec la frénésie du vertige

nos ombres rampent
sur le sol lunaire
ils se drapent
dans les lueurs crépusculaires
à l'heure où se meurt le soleil
en se noyant dans la mer
à l'instant où nos âmes
se touchent
se pâment
dans l'ivresse des frissons
dans le trouble de l'abandon
fugacité de l'heure
illusion de l'espoir
quand le futur est un leurre

mélodie en bémol
toute empreinte de nostalgie
guitare espagnole
aux accords de tango
qui tire l'aube de son sommeil
qui nous ramène dans sa clarté
celle du matin
celle de la journée
où se séparent nos mains
où l'on doit se quitter
le regret au coeur
pincement
fleurs qui se fanent
fleurs fanées
âmes qui brament
éplorées
déplorables

retour vers la toundra
la vastitude du silence
qui après l'aveugle passion
riche de son abondance
renvoie à la solitude
à l'isolement
avec à la bouche
l'amertume de l'absence
et déjà la nostalgie
d'une nuit qui a refusé de s'endormir
pour nous laisser en face à face
dans l'attente du temps
qui trop vite passe
qui à jamais se meurt
et nous maintenant
dans l'aujourd'hui d'hier
nous nous tenons dos à dos
déjà séparés
partis vers les quotidiens
ceux de tous les jours
qui nous happent
qui ignorent notre chagrin

que reste-t-il de toi
de ton visage
atoll au milieu de l'azur
que reste-t-il de ton corps
sculpture au milieu du désert
que reste-t-il
si ce n'est un souvenir bleuté
qui s'accroche comme un nuage
à la voûte de mon ciel
si ce n'est un frémissement
qui me brûle les entrailles
feu de bois qui fûme dans le foyer
jamais éteint
que reste-t-il de cette étreinte d'un soir
de cette rencontre houleuse
de ce naufrage en mer chaude
qui nous a poussé vers la grève
vers son sable brûlant
aux reflets d'or
il reste une lueur
au fond de l'âme
à gauche du coeur
qui éclaire de temps à autre la vie
qui dissout parfois l'ennuie
qui chante d'une voix nostalgique
les instants partagés qui nous habitent

il reste en moi
une étoile qui de-ci de-là
sans prévenir
scintille et me parle de toi
il reste loin
très loin au fond de moi
une odeur
celle de ta bouche
celle de ta peau
celle de ton corps
qui tout à coup
dans le chant d'une brise parfumée
m'apporte ta présence
avec toute ton intimité

il me reste le reflet de ton sourire
que je crois percevoir
sur les lèvres d'une inconnue
croisée au hasard
il me reste cette étincelle
qui se cachait au fond de ton oeil
à la fois brillante et feutrée
tendre et sensuelle
qui m'apparaît parfois
par un beau soir d'été
dans le ciel bleuté
qu'enivrent l'oeillet et le narcisse

il me reste la souvenance
d'un visage flou
d'une chair laiteuse
de la douceur satinée de tes joues
de tes mains caressantes
d'étreintes tumultueuses
il me reste
quelque part en moi
un jardin secret
dont je pousse la grille
à l'occasion
pour y visiter mon passé
ce qu'il en reste de fleurs fleuries
et où tantôt je t'entrevois
comme si tu étais là
instant déchirant
qui m'est à regret
qui me met en émoi

ô mon étoile filante
qui a traversé mon univers
trace de feu
trace de poussière
nuit mémorable
où ensemble nous avons tissé
un souvenir impérissable
rempli de mélancolie
mais aussi de joie
qui luit au bout de ma nuit
quand me tient entre ses doigts
la nuit blanche
à la triste figure
il me reste ton sillage
gravé en mon coeur
celui d'une goélette qui lentement passe
et me réjouit de sa voilure
avant de repartir
là-bas
vers un autre voyage

triste fatalité
qui égrène ses couchants
ses soleils fatigués
qui creuse l'espace entre nous
avec l'oubli de l'inoubliable
qui reste muet
indicible
bienheureux secret
que l'on ne peut partager
avec quiconque
ni ensemble évoquer
puisque jamais revus
déesse sans royaume
qui erre dans mon château
comme un invisible fantôme
Ophélie qui dans mon âme
flotte sur l'eau
corps sans vie
qui m'habite
qui me fait rêver
qui étreint mon coeur
le fait palpiter


qu'es-tu devenu
ô mon astre éblouissant
qui de ta lumière stellaire
a tracé dans l'ombre nocturne
un signe indélébile sur mon être
a marqué d'une pierre blanche
ce jour perdu
au milieu de nos vies
jour éblouissant
qui aussitôt est devenu
un repère
une bouée
une baie
une plage
et sans le savoir
peut-être
dans un ineffable hasard heureux
il nous arrive
qui sait
de nous y rencontrer
de nous y revoir
par la pensée
au même moment
hélas
chacun perdu dans ses rêveries
il nous arrive
peut-être
de nous y rendre en même temps
pour y revivre en l'ignorant
le même songe
le même instant d'éternité

*






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