7-8 novembre 99
tes pas te traînent
dans la lenteur du rêve
les gestes pénètrent le miroir
ô toi femme
nomade solitaire
tu franchis la vastitude désolée
et la lune suit ton chemin
aucune étoile ne te veille
toi l'abandonnée
tu vas pieds nus
dans le sable brûlant
sans que ne te parle le désert
silence froid
quand dans la nuit
s'absorbe la chaleur
l'étoile des vents se fane
le ciel se tait
seule tu vas
la soie de tes cheveux
sombres et luisants
capte les reflets des galaxies
tu marches devant toi
dans l'ailleurs de cet ici
*
les astres éblouissent
ils s'éparpillent en fleurs des champs
ils brillent
scintillent
feu d'artifice dans le néant
dans l'envers du monde
aux confins de l'univers
tu te diriges en les épiant
nul besoin de les fixer
en toi l'itinéraire est tracé
en toi sillonne ce sillage qui traverse les flots
nul besoin pour ton parcours
de carte ou de boussole
de compas ou de sextant
tu files droit devant
du coin de l'oeil
tu guettes la Croix du Sud
sa constellation t'est familière
tu la reconnais sans hésitation
dans l'espace interstellaire
elle te guide du doigt
éclaire ton trajet
que tu inventes mot à mot
pas à pas
plus réel qu'imaginaire
la voie se crée en toi
depuis la nuit des générations
dont les voix te parlent
elles te dictent tes foulées
l'une après l'autre
tu t'achemines lentement
vers ton but
ton enchantement
regard de berbère
qui scrute dans la noirceur
la lumière palpable
de l'étendue désertique
*
les dunes à dos d'âne
bosselures
roulent et se moulent
jusqu'aux pieds de l'horizon
sablier du temps
le vent s'est élevé
il poudroie
ta chevelure ondule
à la surface de la mer
ici et là sur des échouages
des carcasses osseuses
traces des caravanes perdues
égarées
jamais réclamées
aux objets perdus
tu as recouvert ta chevelure
de ton haïk
tes yeux seuls te connaissent
anonyme tu marches dans la nuit
silencieuse nomade
qui sait faire taire les bruits
*
tu te diriges décidée
ton désir voit plus loin
que le visible
il sait que le but sera atteint
quand ta main là-bas
touchera le fruit de la vigne
le désir t'enflamme
du feu des brasiers
qui s'annonce avec l'aube
rougeur de flamme
qui rampe sur le sol
à fleur de peau
haleine fleurie
florale
douceur qui frémit
sur la chair caressante
tendresse des pétales
aux odeurs musquées
qui parfument ton corps cuivré
*
marche de l'abandon
derrière toi retentit l'enfance
et ses rires joyeux
là où coule la rivière
cristalline
désaltérante
tes mains brillent
fruits mûrs au lever du jour
la lune reste suspendue
au-dessus de ta tête
puis elle te tourne le dos
tu cherches des yeux la piste
point de borne
aucune indication ne flèche ta route
l'ignorance règne partout
partout le doute
dans sa couleur blafarde
entêtée
et tu marches
quand même
et tu sais où s'arrêtera ta voie
*
des reflets perlent ton front
et se perd ton regard
dans le lointain
alors que ton coeur suit derrière
tourné vers le départ
l'ombre des remords assombrit tes traits
sans ralentir ton emportement
tu t'éloignes de ton port d'attache
où plus rien ne te retient
les amarres ont été larguées
les voiles déployées
elles frissonnent au point du jour
cette enfant que tu as laissée
la tête illuminée de rêves
ne s'est pas endormie
sous ses paupières closes
elle te suit
elle t'accompagne
la tête sur ton épaule
elle s'accroche à tes bras
elle se cache dans sa chambre
avec toi elle grandit
dans la solitude du matin
jeune fille
qui porte haut et fier ses seins
aux rondeurs des grenades juteuses
fleurons de ta beauté
*
errance
l'avenir se déploie
dans les pétales des jours
il bourgeonne
bientôt ce sera la saison des amours
tu vas rejoindre l'amant
qui sous sa tente t'attend
à la sortie du désert
pour lui
tu enfonces tes pieds blessés
dans le sable
chaque avancée
te rapproche du firmament
collier d'ambre lourd à ton cou
tes doigts l'ont égrené
remplis d'espoir
tes mains se sont jointes
dans une étreinte imaginaire
autour de sa taille d'homme
*
devant toi s'étend le vide
à perte de vue
étalement silencieux
et le regard s'égare au loin
dans l'incertain
le soleil trône au-dessus
il embrase l'espace
fureur écumante
qui laisse pantois
haletant
tout devient braises
rougeoie
chape de chaleur
sécheresse infernale
insoutenable
ta bouche qui a soif
crie le nom du puits
et tu continues à t'enfoncer
dans l'enfer de ta quête
tout autour des ergs
sans abri d'ombre
sans l'ombre d'un abri
tout est à nu
nulle épaisseur d'arbre
nulle fraîcheur de ramée
ton corps se couvre de sueur
peu à peu
tu progresses
tu t'approches de ton oasis
de ton aspiration
de ton espérance
*
les ombres se déplacent
ondulations des vagues sablonneuses
crêtes qui se glissent
qui partent au vent
au loin du loin
le bleu du ciel
s'ombrage de charognards
leurs cris tournoient dans la chaleur
et tu presses le pas
biche aux fines jambes
dans l'indifférence de ce qui t'entoure
tu avances
toujours
tu t'élances
nomade au regard intérieur
méditative
tu portes ton âme
comme une amulette incrustée dans tes os
évocation rituelle
incantation
les esprits du mal se dispersent
ton coeur bat de quiétude
paix du verger
fruits qui mûrissent sous la brise
déchirement de la séparation
jamais tu ne te retournes
les adieux sont faits
sur la dalle du foyer
tu as déposé les fagots
pour signifier ton départ
sans dire un mot
on t'a laissée partir
c'était dans l'ordre des choses
et les choses
quand tu es partie
étaient en ordre
*
de mirage en mirage
tu repousses ta soif
tu te camoufles sous la laine de ton manteau
alors que le vent se lève
seuls tes yeux survivent
malgré la tempête qui s'éveille
tourbillons de sable
zigzags de poussière
qui voilent le soleil
toujours tout droit
tu te traînes à contre-courant
la lutte se fait féroce
tu serres ta peau laineuse
de tes mains décorées de henné
enluminures cabalistiques
de ton destin
il est là
gravé dans tes paumes
il encercle tes doigts effilés
en vain la crainte t'a suivie
résignée
elle t'a quittée
puisque le Très-Haut te protège
*
devant à perte de vue
le vide
il gobe les objets
les couleurs s'éteignent
une à une
comme des bougies qui s'effacent
qui meurent
quand la lumière émerge des ténèbres
mais tu sais où tu es
tu foules aux pieds tes songes
contes des mille et une nuits
le soleil se jette sur toi
toutes serres sorties
morsures à tes épaules couvertes
sueur brûlante
vertige
le temps s'essouffle
tu sens sur tes joues un parfum de jasmin
ton regard perce l'horizon
déchiffre le paysage déserté
un reflet de verdure a touché ton iris
ton coeur palpite déjà
tu sais que l'oasis n'est pas encore là
mais qu'il est devant
tout près
le sable fouette l'air
tes pieds forcent la marche
s'épuisent
mais ne peuvent s'arrêter
le bout du voyage
n'est pas loin
la calanque où tu te coucheras
s'esquisse au bout du chemin
*
l'harmattan s'est calmé
le silence étend sur le sable sa main
en avançant la fraîcheur
caresse la plante de tes pieds
l'horizon apparaît de nouveau
rouge de sable
et des palmiers verdoyants se bercent
dans le calme
oasis de l'espoir
la soif est au pied du puits
et devant
droit et fier dans son burnous
il se tient là
c'est lui
l'homme qui t'est promis
celui que tu aimes
ton amant
vos regards se sont croisés
et aussitôt
tu t'es désaltérée
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