17 mars 98



Les mots se taisent

un épais silence enveloppe les mots
ils se sont dispersés
se sont cachés
refusent d'être manipulés
de se voir enchaînés
au hasard de l'imaginaire

ils résistent et boudent
ils protestent de leur innocence
en appellent au droit à la dissidence
se rebellent contre toute association
peu importe avec qui ou avec quoi
ou même avec un quelconque congénère
même s'ils partagent une place de choix
dans le même dictionnaire

ils désirent choisir leurs coéquipiers
pour ne pas s'étendre en vers
avec le dernier venu
envers et contre tous
ils rejettent toute promiscuité
ils restent muets et têtus
ne suggèrent aucune métaphore
taciturnes ils se renferment en eux-mêmes

pour m'aider ils ne font aucun effort
malgré que je sollicite leur concours
à ma détresse ils restent sourds
si bien que c'est décidé
je ferme boutique
bonsoir la visite

j'ai mal à la tête
je sais qu'aujourd'hui il n'y a rien à faire
ils sont contre moi
c'est une sédition bien orchestrée
inutile de se casser la voix et d'insister
les mots font la gueule et se taisent
ils refusent de figurer dans un poème
alors c'est le temps d'aller dormir
au revoir et à la prochaine