14 mars 98
Lune solitaire
on voudrait lui tenir compagnie
à cette lune esseulée
avec son air teinté de nostalgie
quelque dieu semble la grignoter
tantôt à gauche tantôt à droite
et toujours elle sait se régénérer
pleine comme un oeuf
trou béant percé dans le ciel
ouverture en oeil-de-boeuf sur l'infini
elle scande sa marche dans le cosmos
par le rythme régulier de ses lunaisons
je voudrais pouvoir la contourner
une fois qu'elle serait toute ronde
soûle à ne plus savoir le jour qu'on est
j'irais voir de près ce que pudibonde
elle camoufle derrière sa face cachée
peut-être est-elle laide à en faire peur
ou si belle qu'on ne saurait la regarder
sans périr sur-le-champ médusé
alors mieux vaut respecter son intimité
et comme on le fait depuis toujours
vénérer celle qui inspire poètes et troubadours