21 juillet 98



Le vieillissement

la terre s'enveloppe d'embrun
et on a le coeur qui se décolore
il se vêt de tristesse
les paysages verdoyants
s'estompent dans le brouillard
c'est la grisaille
la mémoire cherche ses mots
elle devient oublieuse
des pans entiers du passé
lui échappent
des tranches de vie
sont à jamais perdues
l'anxiété ride le front
on ne se souvient plus
on cherche au fond de soi
on s'inquiète
on ne trouve pas
des joies et des peines
jadis vécues
sont à tout jamais disparues
on voit des corps sans visage
on ne peut les nommer
on voit des lieux
autrefois familiers
qui maintenant
nous semblent étrangers
le regard devient flou
on a peur de devenir fou
dément
il y a bien ici et là
des souvenirs
des îlots qui flottent
des étoiles qui clignotent
mais les chemins sont tortueux
et de plus en plus
le contour des choses
apparaît incertain
en pointillé
on ferme les yeux
pour sombrer dans l'oubli
pour oublier
que l'on vit



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