| Les mains vides dans les champs dépouillés règne la désolation notre coeur s'attriste après la fenaison et la moisson en contemplant leurs mains vides désolées de n'avoir plus rien plus rien à nous offrir nos mains à nous sont pleines nous sommes rassurés parce qu'avant le gel les offrandes ont été engrangées pour les mois à venir elles pourvoiront à notre subsistance durant l'hiver silencieux maintenant les sols s'offrent au ciel dans leur nudité dans leur dénuement avant de sombrer dans le sommeil jusqu'au printemps où comme la belle au bois dormant à nouveau ils reprendront vie en les contemplant dans leur généreux dépouillement nous songeons aux terres arides celles des pays lointains seins flasques et vides qui voient venir avec appréhension la disette et la faim la terre comme la lune a une face claire et l'autre obscure une riche et florissante l'autre oubliée et indigente pourtant sous tous les cieux s'élève une même prière partout on supplie le même Dieu mais peut-être que l'Être suprême entend de l'oreille droite et qu'il est sourd de la gauche ou bien que ce sont les hommes qui ne voient que d'un oeil étant éborgnés de l'autre |