Le 1er octobre 98


Les mains vides

dans les champs dépouillés
règne la désolation
notre coeur s'attriste
après la fenaison et la moisson
en contemplant leurs mains vides
désolées de n'avoir plus rien
plus rien à nous offrir

nos mains à nous sont pleines
nous sommes rassurés
parce qu'avant le gel
les offrandes ont été engrangées
pour les mois à venir
elles pourvoiront à notre subsistance
durant l'hiver silencieux

maintenant les sols s'offrent au ciel
dans leur nudité
dans leur dénuement
avant de sombrer dans le sommeil
jusqu'au printemps
où comme la belle au bois dormant
à nouveau ils reprendront vie

en les contemplant
dans leur généreux dépouillement
nous songeons aux terres arides
celles des pays lointains
seins flasques et vides
qui voient venir avec appréhension
la disette et la faim

la terre comme la lune
a une face claire
et l'autre obscure
une riche et florissante
l'autre oubliée et indigente
pourtant sous tous les cieux
s'élève une même prière

partout on supplie le même Dieu
mais peut-être que l'Être suprême
entend de l'oreille droite
et qu'il est sourd de la gauche
ou bien que ce sont les hommes
qui ne voient que d'un oeil
étant éborgnés de l'autre



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