Le 23 novembre 98


Le cri primal


on se love dans sa solitude
au creux de son être
dans des zones sombres
invisibles aux regards
là où l'on n'est que soi
espace inhabité
lieu secret
inaccessible à l'oeil étranger

on s'y retire
quand le temps est orageux
quand l'angoisse se pointe
qu'il serre son étau
qu'il menace de nous étouffer
on y rejoint son enfance
on a son âge
on possède le même regard

on n'y trouve aucun réconfort
on se tait apeuré
on devient sourd
le silence nous envahit
menaçant lui aussi
on appelle au secours
on ne parvient pas à crier
on ne sait où se réfugier

on cherche des bras
pour y accrocher son effroi
on n'y voit que l'ombre d'un arbre
qui élance vers le ciel
ses branches mortes
il a été jadis foudroyé
on en porte la peine
sans jamais s'en consoler


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