Le 25 septembre 98


Le charognard

certains ne vivent plus
ils sont vécus
vaincus et terrifiés
l'oiseau de son cri
donne l'alarme
en cachant de ses ailes
un soleil moribond
on ouvre un oeil
pour se rassurer
pour vérifier
voir si l'on est bien éveillé
pas d'imposture
le charognard est agrippé là
sur sa branche solitaire
il attend sa proie
les yeux bien ouverts

on sort des bras du sommeil
on se redresse fièrement
on jette autour de nous
un regard froid et indépendant
la peur sera pour les autres
ceux qui craignent la mort
qui ne l'ont jamais vue de face
ni fixée dans les yeux
pourtant ils l'ont côtoyée de près
tout au long de leur vie
elle se cachait déjà petite
dans leur berceau
et derrière eux grandissait
les surveillait
les provoquait
de ses doigts crochus

on a parfois craqué
cédé à la tentation
la chose aurait été trop facile
puis on a fait le mort
pour qu'elle passe son chemin
elle a bien vu la manoeuvre
elle l'a parée
on la sent à nos côtés
cherchant de ses yeux exorbités
la moindre faiblesse
le moindre signe
mais on tient nos poings fermés
pour ne rien lui signifier
pour qu'elle garde seule l'infamie
de nous fermer les yeux
sans qu'on lui fasse d'adieux



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