31 mars 98



Le cerbère

comme une sentinelle intraitable
tu surveilles le passé
tu défends l'entrée qui conduit
dans les arcanes de l'oubli
où dorment les phalènes dorés
qui s'éveillent à l'orée de la nuit
dans la lumière crépusculaire

tu protèges les arrières
tu fermes les yeux de la mémoire
tu interdis de se souvenir
de ce qui a trop fait souffrir
aucun bruit dans ce silence
que des chuchotements
chien à trois têtes
aux aguets et en surveillance
rien ne t'échappe
au moindre mouvement
tu hurles et tu jappes

cerbère de l'inconscient
tu verrouilles les portes interdites
celles qui s'entrouvrent dans le noir
qui transforment les rêves
en véritables cauchemars
qui métamorphosent les papillons
en vampires sanguinaires
jamais tu ne fermes les yeux

de peur que l'on trompe ta vigilance
tu restes enfermé au-dedans
sans connaître la beauté des cieux
tu es le visage de ce que l'on cache
quand on ferme les paupières
tu gardes férocement le secret
de ce que l'on veut oublier
de ce qui échappe à la conscience
des fleurs dont elle a été flouée