sur ses genoux les aiguilles se sont tues ses mains flétries dans le silence se sont immobilisées la vieillesse fatiguée s'appesantit sur ses épaules qui au cours des ans se sont courbées son visage n'a plus d'âge et derrière ses paupières fermées son esprit vagabonde dans ce lointain encore si proche elle refait à l'envers le chemin de sa vie elle se revoit petite fille frimousse rieuse espiègle et adorée puis adolescente radieuse rapidement courtisée puis aimée et mariée épouse fidèle et mère dévouée le temps fait vieillir les enfants accapare le mari souvent loin à l'étranger elle se sent délaissée et quelqu'un d'autre occupe son coeur souvenir de velours dans un coin caché qui éveille sur ses lèvres ridées la nostalgie d'un sourire elle pense à son amant aux rencontres furtives dans des lieux dérobés puis à la blessure de la séparation pour sauver son foyer un à un les enfants partent puis le mari encore jeune est terrassé elle reste seule avec son chagrin après quelques désillusions elle trouve du charme à sa solitude les petits-enfants grandissent et c'est dans la joie que pour eux ses mains agiles tricotent elle se perd souvent dans ses rêveries tout comme aujourd'hui voilà que doucement elle s'est endormie |