Le 20 novembre 98


La vieille


le tricot s'est endormi
sur ses genoux
les aiguilles se sont tues
ses mains flétries
dans le silence
se sont immobilisées
la vieillesse fatiguée
s'appesantit sur ses épaules
qui au cours des ans
se sont courbées
son visage n'a plus d'âge
et derrière ses paupières fermées
son esprit vagabonde
dans ce lointain encore si proche
elle refait à l'envers
le chemin de sa vie

elle se revoit petite fille
frimousse rieuse
espiègle et adorée
puis adolescente radieuse
rapidement courtisée
puis aimée et mariée
épouse fidèle et mère dévouée
le temps fait vieillir les enfants
accapare le mari
souvent loin à l'étranger
elle se sent délaissée
et quelqu'un d'autre occupe son coeur
souvenir de velours
dans un coin caché
qui éveille sur ses lèvres ridées
la nostalgie d'un sourire

elle pense à son amant
aux rencontres furtives
dans des lieux dérobés
puis à la blessure de la séparation
pour sauver son foyer
un à un les enfants partent
puis le mari encore jeune est terrassé
elle reste seule avec son chagrin
après quelques désillusions
elle trouve du charme à sa solitude
les petits-enfants grandissent
et c'est dans la joie que pour eux
ses mains agiles tricotent
elle se perd souvent dans ses rêveries
tout comme aujourd'hui
voilà que doucement elle s'est endormie

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