1er juin 98


La tristesse

la tristesse au visage voilé
marche à pas lent
sur une plage désolée
elle me suit
mettant ses pieds dans les miens
sa respiration haletante
réchauffe ma nuque
je l'entends pleurer
dévorée de chagrin
elle me talonne
l'échine courbée
le corps osseux et vieilli
comme une veuve inconsolable
je veux fuir et me mets à courir
j'ai peur qu'elle me prenne par la main
de ses doigts squelettiques
je vais encore plus vite
mais elle se presse derrière moi
pour m'empêcher de lui échapper

je me retourne
elle n'est plus là
il n'y a personne d'autre que moi
pourtant dans ma tête
résonnent des sanglots
comme le battement de mon pouls
qui frappe si durement à mes tempes
rien à faire
nulle délivrance
la gaieté s'est défilée
elle m'a quitté sans crier gare
me laissant souffrir
au fond de mon âme
seul à en mourir
mes rêves sanglotent
sur un air nostalgique de fado
mon coeur se laisse bercer
par les vagues calmes
d'une mer sans horizon
comme une bouée au milieu du paysage
il est orphelin et désespéré
seul avec lui-même
et la tristesse lui tient compagnie
dans une souffrante mélancolie


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