15 février 98
La mort
comme une hyène
la mort rôde dès la naissance
de son haleine putride
elle traque la maladie
prête à bondir
elle frappe à tout âge
nouveaux-nés et vieillards
elle apparaît sournoise
comme un charognard
qui se nourrit de la vie
de celle qui est à bout de souffle
elle se pointe à tout moment
dès qu'un être est affaibli
qu'il marche en titubant
enfants affamés aux yeux exorbités
rien à faire pour la tenir à l'écart
en vain on palissade la ville
pour la fortifier
l'hyène s'y introduit
loin des regards
la mort attend embusquée
les crocs sortis
les yeux remplis de haine
parfois elle vient de loin
parfois à l'improviste
dans tous les recoins
elle traîne sa chienne de vie
elle se cache toujours à l'affût
il arrive que sans crier gare
la bête s'empare de sa victime
celle-ci la mort au coeur
après avoir vainement supplié
sans défense rend l'âme
le silence meurt dans les champs
la mort endeuille la ville
qui compte ses pertes
l'animal repart l'estomac rassasié
laissant derrière lui
tristesse ou hostilité
certains s'arment pour la combattre
ils tentent de défier les Parques
qui dès leur naissance
ont tracé leur destinée
en mesurant le fil de leur vie
inutile de tenter de la déjouer
à l'heure dite la mort apparaît
la faux à la main
les douleurs s'accentuent
intenses et barbares
ils n'en peuvent plus d'endurer
ils souhaitent que l'hyène démente
dans un geste de pitié
vienne enfin les chercher
mais la mort n'a pas le dernier mot
la vie survit à la vie
luminescence
elle se noie dans la clarté des astres
qui de toute éternité
s'étendent dans l'infinitude de l'espace
l'âme se dissout dans la béance
dans la genèse du grand tout
dans l'origine et dans la fin
de tous les commencements