18 juillet 98



Feu d'artifice

notre planète minuscule
se dérobe sous nos pieds
le sol crache ses entrailles
par la bouche de ses volcans
et son coeur bout de rage
elle tremble de tous ses membres
elle a peur de se disloquer
elle se voit menacer de toute part
elle se fait inonder ici
brûler et assécher ailleurs
elle ne demande qu'à rouler sa bosse
dans la volupté apaisante
celle du silence sidéral

mais depuis qu'elle s'est fissurée
depuis qu'elle s'est morcelée en continents
déchirée par des passions dévorantes
ceux-ci s'en vont à la dérive
transportant leur chagrin
après cette immense brisure
solitaires ils flottent sur les océans
voguent à l'aventure
et gardent dans leur mémoire en fusion
le souvenir à vif de leur déchirure
chacun suit sa direction
et s'en va à l'abandon
l'âme en peine

un jour c'est inévitable
ils se rencontreront à nouveau
après un tour de piste
après un tour du monde
et ce sera l'effroyable télescopage
des plaques tectoniques
tout éclatera en mille morceaux
sous l'impulsion de la colère
dans la confusion d'une haine féroce
ils s'affronteront comme un couple déchiré
dans un immense carambolage
qui enverra la planète
se perdre dans le ciel
en s'éparpillant en une myriade d'étincelles
qui brilleront comme un feu d'artifice

puis du ciel la terre s'éteindra
elle retombera dans le noir
gobée par le néant
elle qui aura vécu si peu de temps
n'aura été qu'un grain de sable
dans la mécanique céleste
et puis plus rien
si ce n'est l'accalmie qui suit un coït
elle ne sera plus qu'une réminiscence
qu'un feu de Bengale éteint
que le souvenir funeste
d'une petite planète
qui aura tant brillé
avant que de mourir




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