Feu d'artifice
notre planète minuscule se dérobe sous nos pieds le sol crache ses entrailles par la bouche de ses volcans et son coeur bout de rage elle tremble de tous ses membres elle a peur de se disloquer elle se voit menacer de toute part elle se fait inonder ici brûler et assécher ailleurs elle ne demande qu'à rouler sa bosse dans la volupté apaisante celle du silence sidéral mais depuis qu'elle s'est fissurée depuis qu'elle s'est morcelée en continents déchirée par des passions dévorantes ceux-ci s'en vont à la dérive transportant leur chagrin après cette immense brisure solitaires ils flottent sur les océans voguent à l'aventure et gardent dans leur mémoire en fusion le souvenir à vif de leur déchirure chacun suit sa direction et s'en va à l'abandon l'âme en peine un jour c'est inévitable ils se rencontreront à nouveau après un tour de piste après un tour du monde et ce sera l'effroyable télescopage des plaques tectoniques tout éclatera en mille morceaux sous l'impulsion de la colère dans la confusion d'une haine féroce ils s'affronteront comme un couple déchiré dans un immense carambolage qui enverra la planète se perdre dans le ciel en s'éparpillant en une myriade d'étincelles qui brilleront comme un feu d'artifice puis du ciel la terre s'éteindra elle retombera dans le noir gobée par le néant elle qui aura vécu si peu de temps n'aura été qu'un grain de sable dans la mécanique céleste et puis plus rien si ce n'est l'accalmie qui suit un coït elle ne sera plus qu'une réminiscence qu'un feu de Bengale éteint que le souvenir funeste d'une petite planète qui aura tant brillé avant que de mourir |