16 mars 98
Évasion
on s'exile loin des murmures de la ville
on s'échappe des remous de la foule
on s'éloigne sans regret
pour rêver sa vie
pour vivre ses rêveries
passager clandestin on s'envole
sur les ailes graciles de l'air
on survole le visage ridé de la mer
l'âme se pare de silence
pour écouter les mouettes rieuses
le chuchotement des vagues
la complainte du vent
le chant envoûtant des sirènes
on s'élève au-dessus des monts
dont les arbres verdoyants ornent le front
on chemine au gré des sentiers dans la plaine
où pousse à foison l'hélianthe
plante médusée par le soleil
qui le poursuit de son regard tout au long du jour
on laisse nos pas nous guider vers les vallons
où s'agrippent les oliviers millénaires
qui élancent vers le ciel leurs bras tordus
comme des vieillards en prières
on s'évade dans les champs de fleurs
qui nous enivrent de leurs délicates odeurs
nous rappellent le paradis perdu
on s'oublie dans la béatitude du songe
jusqu'au moment où la clarté de l'aurore
vient nous jeter dans le quotidien
cri strident du réveille-matin
on ouvre avec réticence les paupières
le soleil inonde la chambre de lumière
on ferme les yeux pour retrouver nos rêves
le charme est rompu et le voyage terminé
il faut reprendre ses valises sur le quai
repartir sur les chemins cahoteux de la vie
on retrouve les rumeurs de la cité
la foule qui nous bouscule
mais en nous un parfum embaume l'âme