| Et le temps passe la terre s'est vidée de son sang elle est exsangue elle s'est donnée corps et âme se dépouillant de ses fruits et fleurs livrant moissons et vendanges le temps glisse comme le vent mais il souffle sans retour il ne s'arrête jamais dans le présent venu du futur le voilà dans l'instant déjà passé déjà dépassé insaisissable comme l'air l'air du temps il va se perdre dans l'espace à son passage il polit la pierre il fait frémir la surface de la mer il fait tressaillir l'âme dans sa fragilité il sait de son regard fugace nouer d'angoisse les entrailles voilà que l'heure sonne qu'elle a sonné comme le glas qui résonne quand meurt le présent et au pied du clocher planté dans le zénith du jour on regarde tournoyer dans le ciel les oies blanches qui se préparent à partir au loin tout là-bas vers l'avenir qui nous reviendra quand le temps aura passé le temps qui passe qui passe sans retour qui nous laisse le poids des ans et les souvenirs d'hier et ceux d'aujourd'hui figés dans le silence blanc celui de l'hiver |