Le 28 septembre 98


Et le temps passe

la terre s'est vidée de son sang
elle est exsangue
elle s'est donnée corps et âme
se dépouillant de ses fruits et fleurs
livrant moissons et vendanges
le temps glisse comme le vent
mais il souffle sans retour
il ne s'arrête jamais dans le présent
venu du futur
le voilà dans l'instant déjà passé
déjà dépassé
insaisissable comme l'air
l'air du temps
il va se perdre dans l'espace
à son passage il polit la pierre
il fait frémir la surface de la mer
il fait tressaillir l'âme dans sa fragilité
il sait de son regard fugace
nouer d'angoisse les entrailles
voilà que l'heure sonne
qu'elle a sonné
comme le glas qui résonne
quand meurt le présent
et au pied du clocher
planté dans le zénith du jour
on regarde tournoyer dans le ciel
les oies blanches qui se préparent à partir
au loin tout là-bas
vers l'avenir qui nous reviendra
quand le temps aura passé
le temps qui passe
qui passe sans retour
qui nous laisse le poids des ans
et les souvenirs d'hier
et ceux d'aujourd'hui
figés dans le silence blanc
celui de l'hiver



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