9 février 98



Épouvante


malgré les mises en garde
on revient en arrière
pour jeter un coup d'oeil sur le passé
on retourne vers le lointain
autrefois si familier
on s'approche sans faire de bruit
on perçoit de plus en plus distinctes
des voix qui chuchotent
on entend des gens qui parlent tout bas
on ignore ce qu'ils disent
on ne voit pas leur visage
apeuré on s'avance
ils discutent entre chiens et loups
tout à coup sans prévenir
les uns jappent
les autres hurlent
alors que dans le ciel
se lève en les narguant la lune

les chacals de l'angoisse
ne sont pas loin
on marche à pas de loup
on va mourir comme un chien
on sonne la curée
des bêtes féroces vont nous dévorer
on s'enfuit
on revient vite sur nos pas
on tombe
on trébuche
on crie aux loups
on loupe le coche
les rugissements sont tout proches
ce sera la saignée
des coyotes vont nous dépecer
on sent leur chaude haleine
ils s'élancent pour nous avaler
on se réveille en sursaut
tout en sueur

le soleil brille
il fait beau
l'âme est en mouillage
dans une anse paisible
à la fenêtre
les rideaux dansent
sur une branche une mésange
joyeusement chante
on revient du passé
d'un mauvais rêve d'enfant
l'épouvante s'est dissipée
on rit aux anges