9 mars 99



Épitaphe


je me suis réfugié
loin des regards
je reste sans bouger
pour éviter que tôt ou tard
quelqu'un me retrouve
que par un pur hasard
quelqu'un entrouvre
la porte du placard
où je me suis caché
ici dans les replis du jour
je voudrais y vivre toujours
jusqu'à plus soif
jusqu'à plus faim
jusqu'à la fin
oublier d'où je viens
oublier où je vais
tout ce va et vient
qui ne sert à rien
aller et venir
sans jamais en finir
je me suis si bien dissimulé
que j'ai complètement oublié
l'endroit où je suis
qu'est-ce qui m'a pris
je me suis perdu en moi
dans un petit endroit
où je voulais me reposer
en paix
mais bien des jours ont passé
je me hais
je sens que je vais trépasser
si on ne vient à ma recherche
je me mets à crier
pour qu'on me tende une perche
je suis là à m'égosiller
mais personne ne vient
et je meurs de faim
mais enfin
on ne peut me laisser mourir
mais enfin
j'ai fait cela pour rire
je sens que le jour s'en va
il fait noir partout
alors adieu à tous ceux que j'aime
si on me trouve
on me mettra dans le trou
et voilà que je m'évanouis
tout d'un coup
dans la nuit
je ne suis plus ce que je suis
mon âme s'est envolée
depuis mon corps seul et désolé
ci-gît
je ne sais où
pour l'éternité