2 décembre 97

Embruns


embruns
on voit à peine devant soi
sirènes des navires
qui déchirent l'air de leurs cris
le bateau tangue
on a le coeur plein d'invectives
l'âme qui chavire
on s'en va quelque part
n'importe où
en soi

quelqu'un nous regarde
esquisse un sourire
ces yeux ne nous sont pas inconnus
il y a si longtemps
chaude réminiscences
quelque chose se ravive
prend sens
sur la bouche nous revient un goût
souvenance d'un parfum
d'une chevelure qui nous trouble
les entrailles se nouent
c'était autrefois

de façon imperceptible
on se remplit de tendresse
le brouillard s'estompe
on éprouve une certaine ivresse
les contours du visage restent vagues
malgré soi on s'exalte
on se laisse bercer
par les vagues
doucement
par le roulis continu
on se rappelle
que de chemin parcouru

on s'habitue
au mouvement de la mer
on s'est déjà vu
dans un jadis qui n'est pas d'hier
on se regarde en plissant le front
on se souvient peu à peu
on ne saurait dire de nom
est-ce possible
il y a des lunes et des lustres
que d'années englouties
que de temps passé
oui c'est bien toi
tout à coup
silence rompu
et presque en même temps
l'un et l'autre
on s'est dit
tu


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