31 janvier 98



EL NIÑO


sur son passage
il bouleverse tout
chambarde les saisons
sans crier gare il débarque
courtise la région
s'installe au coin de son coeur
la voilà sa bien-aimée
il l'embrase de sa passion
déploie son ardeur amoureuse
fougueux amant
aux mains cajoleuses
il sait enivrer l'âme
il met le feu partout dans son entourage
les forêts flambent
les incendies se propagent
les moissons brûlent
les terres deviennent stériles
et tout à coup il change d'humeur
il fait déborder les barrages
il s'enfuit sans prévenir
laissant sa dulcinée
en sanglots

il part ailleurs
s'éprend d'une autre amante
la couvre de baisers
puis de brûlant
il devient de glace
se met en colère
il souffle en bourrasques
comme un fou
semant gel et tempêtes
avec ses giboulées il tue le printemps
assassine l'été
les champs en fleurs se fanent
la neige lourde et froide
ne cesse de tomber
le verglas s'accroche aux arbres
les blesse et brise leurs branches
puis comme il est venu il s'en va
laissant sa maîtresse éplorée
fondre en pleurs
abandonnée

imprévisible il s'esquive
sa passion dévorante l'attire ailleurs
à la recherche de nouvelles conquêtes
il se dirige vers d'autres cieux
dévastateur comme la peste
là où il passe il répand la terreur
à sa suite les ras de marée et les ouragans
apportent la désolation
EL NIÑO
l'infernal
sème sur la planète
à ses quatre coins
des morts et des pertes
des malheurs et des chagrins