Le 6 novembre 98


Effroi


à la fenêtre
le jour blafard
sort de son lit
il s'étire
avec paresse
on le sent
mais on garde les yeux clos
on se tient silencieux
stupéfié et craintif
suspendu à nos rêves
à ceux qui s'accrochent
qui se tiennent à l'âme
qui viennent de loin
de si loin
depuis l'origine du temps
de notre temps
ce sont des rêves
rêvés depuis toujours
depuis notre enfance
et peut-être même
qui sait
bien avant

en nous
ils se sont enracinés
impossible de les éviter
de sortir de l'antre
de se dessaisir de nos craintes
ils nous épient
à l'envers des jours
ils s'épanchent
comme un fleuve tourmenté
venus du fond des âges
ces rêves nous regardent
de l'intérieur
ils nous fixent
sans ciller des yeux
ils nous sont familiers
en même temps qu'étrangers
miroirs déformants
dans lequel on se mire
difforme et pétrifié
enfant apeuré
qui seul dans la nuit
n'ose crier


*
(Retour à l'accueil)