12 février 98
Dormance
on se reconnaît
dans ces forêts en prière
qui élèvent vers le ciel
leurs bras squelettiques
leurs mains écorchées de gerçures
dépouillées et gelés
branches tendues
en ogives gothiques
murmures silencieux
sous la voûte monastique
on se reconnaît
dans les replis de l'hiver
où le silence se tait
la terre dort en latence
cherche sa place au soleil
veut après cette longue dormance
retrouver la vie
recouvrer la joie de vivre
se parer de ses fleurs
de ses multiples couleurs
de ses oiseaux enchanteurs
de son printemps perdu
qui reste endormi tout au fond
au fond lointain de sa mémoire
on se reconnaît
dans cet espoir qui revient
dans les signes précurseurs
qui se présentent avec fierté
riches de tous les rêves
la neige cède sa place
aux giboulées et aux pluies
à travers les pores de l'humus
enseveli sous les congères
transpire une joie mal contenue
qui dilate les pupilles
et noie le regard de lumière
on se reconnaît
dans cette espérance
cette joyeuse vision d'un avenir
qui doucement
comme un bouton qui s'ouvre
comme une fleur qui s'épanouit
réanime nos illusions légitimes
repeuple nos songes
on se surprend à renaître
à se délester de toute morosité
le sourire coure sur les lèvres
on revit
enfin