tu t'en vas déçu
vers des ailleurs incertains
pour t'éveiller sous d'autres cieux
dans d'autres lendemains
aux couleurs plus prometteuses
de désirs assouvis
dans la soif du moment
tu t'en vas déçu
regrettant l'indifférence des jours
où depuis si longtemps
ton nid était fait
dans la chaleur des habitudes prises
tu te libères de toutes emprises
pour partir vers l'inconnu
tu t'en vas déçu
traînant avec toi tes rêves
comme des étoiles dans les yeux
ils éclairent la route de leurs espoirs
et pour les réaliser
tu marcheras jours et nuits
jusqu'au puits qui étanchera ta soif
un bec de gaz
turlutait dans le soir
les passants
passaient sans l'écouter
alors il se mit à chanter
pas plus de succès
les passants
passaient sans s'arrêter
certains même
repassaient sans fin
on se demande pourquoi
puisqu'ils n'entendaient rien
ni bruit
ni turlute
ni chant
tous ils ignoraient
le langage des becs de gaz
non pas qu'ils fussent sourds
mais c'était une question scientifique
une question de fréquences
alors pour eux c'était le silence
ils n'étaient pas branchés
à la même branche
d'ailleurs
ils n'avaient jamais vu
même de loin
un réverbère
ils n'avaient non plus
jamais réverbéré
comme ils vivaient à l'électricité
ils réfléchissaient plutôt
ce qui n'a rien à voir
mais rien du tout
avec l'intelligence
car comment pourrait-on
mesurer celle encore inconnue
d'un bec de gaz
on rentre chez soi
en soi
dans son oeuf
on s'y met à l'abri
loin des regards
loin des cris
on se retrouve seul
en tête-à-tête
sans yeux
dans le noir
l'âme se tait
silence
elle n'a plus envie de chanter
plus envie de pleurer
elle cherche le sommeil
l'oubli
elle reste emmurée
protégée dans sa coquille
ne veut plus rien
dormir
se blottir dans le rêve
partir
aller au loin
aux confins de l'univers
où il n'y a plus de frontières
se perdre
sombrer dans l'imaginaire
se consoler
n'avoir plus de peine
sourire
naître à la vie
renaître
vivre le bonheur
dans le parc déserté
l'eau est stagnante
odeur putride
elle s'enfonce dans la vase
pistons et pots d'échappement
rendent l'âme
l'air irrespirable
bruits
tintamarre
les oreilles sont sourdes
les yeux aveugles
poubelles remplies
ventres pleins
elles vomissent sur le pavé
à en crever
désertification
désertitude
chacun dans son coin
solitude
à ruminer sa vie
rien à faire
la vie se meurt dans les nuages
dans la fumée des usines