24 novembre 97

À la dérive


sur l'eau azurée du lac
le frêle dériveur
louvoie de peine et de misère
au gré des caprices du vent
il s'étourdit
tourne à droite
file à gauche
se laisse aller à la dérive
ne sait plus s'orienter
ignore d'où il est venu
ne sait pas
ne sait plus
où il s'en va
dérouté
éperdu
en ce beau jour d'été

la complainte de la brise
dans la voilure
qui gémit quand elle s'y brise
triste murmure
par ce temps si doux
l'eau frémit
sous la fraîcheur de son souffle
sous la caresse de sa joue

un chant de tristesse
parcourt la surface des flots
mélopée trompeuse
des sirènes
qui vers sa perte l'entraînent
à se briser les os
contre vents et marées

une fine fêlure zèbre la coque
du fragile esquif
imperceptible blessure
au coeur du naufragé
il a l'âme à l'envers
égaré
il s'est perdu
sur l'onde trouble
de la mélancolie
il y navigue
il dérive
à la recherche d'une île
d'une main tendue


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