10 juin 98


Dans les nuages

on creuse son trou
on s'y couche au chaud
on est à l'abri
protégé des regards
on examine le ciel
des nuages se forment
se déforment
ils filent comme des navires
s'étiolent ou se brisent
ils se métamorphosent sans cesse
tantôt c'est un visage
tantôt un iceberg
ou bien un mouton
ou encore un ballon
l'eau est bleue
qui les transporte
on a le vertige
c'est vertigineux

on y voit ce que l'on veut
on y dessine son propre ciel
comme sa vie
il y a des coups de vent
qui parfois brouillent les cartes
mais notre monde est là
pas toujours tel qu'espéré
mais il nous est familier
il projette ce que l'on porte au-dedans
sur la voûte céleste
on est tout petit
caché dans son abri
et notre univers minuscule
s'étale grandiose
aux quatre horizons
rempli de tant de marchandises
de nuages qui voguent
vers des ports inconnus

d'où viennent-ils
si haut accrochés
que fait-on rivé sur cette planète
au fond de notre terrier
qu'est-ce qui nous anime
pourquoi un jour le bonheur
tombé du ciel à la mi-août
a-t-il soudé nos coeurs
en une grande gerbe de fleurs
il nous a fait oublier tous les ciels gris
quand la pluie se mettait à pleurer
chaude sur nos joues
pourquoi nos vies comme des cumulus
se sont-elles rencontrées et confondues
pour ne plus faire qu'un seul stratus
qui flotte et se déploie
dans l'immensité de nos rêves


*
(Retour à l'accueil)