20 février 98



Coule la vie


la vie se tient là
au beau milieu du temps présent
dans le quotidien des heures
elle s'y installe à demeure
attentive au tic-tac des échéances
elle déroule l'écheveau des années
l'eau coule sans qu'elle puisse la rattraper

myope elle ignore l'avenir
mais y dépose ses espérances
elle s'enracine dans le passé
reflets qu'elle se plaît à faire miroiter
quand ils enjolivent son visage d'antan
mais elle ferme les yeux des souvenirs
qui en la regardant la font trop souffrir

elle se vautre sans scrupule dans le bonheur
tigresse redoutable elle protège son bien
elle se montre jalouse de ce qu'elle détient
s'enivre du parfum capiteux des fleurs
qui s'épanouissent dans ses mains qui se fanent
elle marche de plus en plus lentement
elle courbe le dos sous le joug des ans