28 juillet 98



Comme des autruches

on se pare l'âme
des plus beaux atours
alors que le soleil se lève
au-dessus du jour
on a le coeur paisible
sans aucun accroc
tout semble prévisible
le temps s'annonce beau
on se tourne à droite
puis à gauche
rien d'anormal
aucun bruit effrayant
aucun regard étranger
personne de menaçant
on sort de son repaire
prudemment
en marchant sur le bout des pieds
on ne veut rien déranger
ne pas attirer l'attention
l'horizon s'ouvre tout grand
sans menace

d'autres aussi quittent leur tanière
on se guette les uns les autres
on craint le pire
les gens n'ont pas confiance
protègent leur bonheur tranquille
on vit pour soi
sans mauvaise conscience
on s'évite
pour ne pas s'obliger
quand quelqu'un souffre
on ferme les yeux
ou on tourne le dos
on évite de parler
d'écouter la radio
de regarder la télé
on ne veut pas voir
souffrant de malnutrition
ces enfants au ventre gonflé
qui meurent à l'orée du désert
parce que ceux qui les aiment
sont occupés à se faire la guerre




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