14 mars 98
Coeur endeuillé
je me promène incognito
au pays de mon enfance
des rues ont disparues
de nouveaux quartiers construits
les endroits où j'ai vécu
ont été rasés ou modifiés
j'ai oublié tant de choses
des Noël et des anniversaires
les souvenirs sont peu nombreux
des départs pour le pensionnat
des vacances dans des camps
jouets de bois et train électrique
réminiscences cachées dans le cerveau
elles dorment en paix dans leur tombeau
parfois elles sortent de leur sépulture
me hantent avec inquiétude
dans des rêves bizarres
où tout semble aller de travers
quand des individus marchent sur la tête
j'identifie certains visages
ceux de professeurs ou de curés
d'amis eux aussi pensionnaires
tout cela semble si clairsemé
j'ai en tête les odeurs des parquets cirés
les souvenirs ont éclaté
comme les étoiles lors du big bang
quand le malheur sur la famille s'est abattu
alors s'en est allée avec lui ma jeunesse
il y a bien ici et là quelques bribes
des photos sépia ou jaunies
où je le vois avec son chapeau colonial
ou revêtu de son uniforme de pilote
mais son avion n'est pas revenu
il a été porté disparu
par la suite si longtemps je l'ai attendu
jusqu'au moment où j'ai compris
qu'il ne reviendrait plus jamais
parce qu'il était mort pour de vrai