Chemins de l'enfance
quand on revient
sur les chemins de son enfance on ne s'y reconnaît plus tout nous semble si petit à la fois semblable et différent qu'on a du mal à retrouver nos traces ce chêne énorme dans lequel on grimpait est devenu cet arbre qui ombrage la rue et auquel on ne prêterait aucune attention s'il ne nous avait jadis appartenu et auquel s'accrochent des souvenirs des morceaux de notre vie celui d'une fessée bien méritée pour l'avoir escaladé celui de cuisses égratignées pour avoir en toute vitesse glissé le long de son tronc avant de prendre la poudre d'escampette la mémoire a tout déformé les distances ne sont plus les mêmes ni les odeurs ni ce que l'on ressent la vie les a vidés de leur visage d'antan on se souvient on ne se souvient plus la rue on la reconnaît bien mais ce n'est pas celle où l'on a vécu on s'y sent étranger on a l'impression de déranger alors qu'autrefois on était maître des lieux de notre château qu'était ce chêne noueux aujourd'hui d'autres gamins y jouent aux vassaux fidèles et aux grands seigneurs ils ne savent pas que très bientôt ils iront très loin ils iront ailleurs rejoindre le monde des grands et que peu à peu s'estomperont leurs souvenirs d'enfants |