11 juillet 98



Chemins de l'enfance

quand on revient
sur les chemins de son enfance
on ne s'y reconnaît plus
tout nous semble si petit
à la fois semblable et différent
qu'on a du mal à retrouver nos traces
ce chêne énorme dans lequel on grimpait
est devenu cet arbre qui ombrage la rue
et auquel on ne prêterait aucune attention
s'il ne nous avait jadis appartenu
et auquel s'accrochent des souvenirs
des morceaux de notre vie
celui d'une fessée bien méritée
pour l'avoir escaladé
celui de cuisses égratignées
pour avoir en toute vitesse
glissé le long de son tronc
avant de prendre la poudre d'escampette
la mémoire a tout déformé
les distances ne sont plus les mêmes
ni les odeurs ni ce que l'on ressent
la vie les a vidés de leur visage d'antan
on se souvient
on ne se souvient plus
la rue on la reconnaît bien
mais ce n'est pas celle où l'on a vécu
on s'y sent étranger
on a l'impression de déranger
alors qu'autrefois on était maître des lieux
de notre château qu'était ce chêne noueux
aujourd'hui d'autres gamins y jouent
aux vassaux fidèles et aux grands seigneurs
ils ne savent pas que très bientôt
ils iront très loin
ils iront ailleurs
rejoindre le monde des grands
et que peu à peu s'estomperont
leurs souvenirs d'enfants




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