10 février 98



Changement de cap


le voilier remonte le fleuve
jusqu'à la source des rêves
il navigue à vue
ne se souvient plus des rivages
ni des battures
où autrefois il s'est échoué
sa carène en porte les écorchures
les flots houleux
le secouent d'un roulis continu
qui lui donne le vertige

la nuit diaprée ferme les yeux
sur le jour qu'elle fait naître
éveil rêvé
rêve éveillé
le rafiot éreinté poursuit sa course
à contre-courant
en amont vers l'embouchure
suivant les méandres des origines
voyage nostalgique
vers les affluents de l'enfance

les paysages se sont modifiés
ils sont à peine reconnaissables
les eaux turbulentes
ont affouillé les rives
des îles se sont formées
d'autres sont parties à la dérive
les souvenirs s'embrouillent
rien ne sert d'aller plus loin
mieux vaut s'ancrer dans le présent
retourner vers le port d'attache

l'embarcation retrouve le littoral
se dirige vers la haute mer
où à perte de vue s'étend l'horizon
là les innombrables routes se croisent
qui conduisent vers tous les ports
la proue s'oriente droit devant
remplie de promesses
la voilure est gonflée par les vents
la goélette tangue d'ivresse
en route vers l'inconnu