Mort à pas de loup Dans le feu crépusculaire, un aigle noir traverse le ciel. Ses larges ailes sont déployées et, en planant, elles ombragent la terre. Le rapace fait fuir le soleil qui se meurt dans l'eau rougeoyante. Devant lui, le jour s'évanouit à l'horizon. Une nuit noire, sans étoile, recouvre l'univers. S'installe alors un silence profond qui étouffe le chant des oiseaux, qui fait taire le chuchotement du vent, qui assourdit le murmure des ruisseaux, qui suspend le frémissement des arbres. Partout, les fleurs effrayées s'envolent comme des papillons, multicolores et phosphorescents. Ils s'éloignent et disparaissent, subitement, gobés par la gueule sombre d'un dragon. La mort rôde à pas de loup.
Et le loup marche dans la forêt. Il sait que quelqu'un ou que quelque chose le poursuit. Il n'entend pas le bruissement de ses propres pas dans les feuilles mortes. Il ne perçoit aucun craquement de branche, aucun bruit. Il a peur et son cœur bat à tout rompre. Il sent que derrière lui une menace le talonne et qu'elle se rapproche. Il ne peut y échapper. Il le sait. C'est dans l'ordre des choses.
Il accélère quand même son allure. Soudain il se retourne et, dans la pénombre, il aperçoit quelqu'un courir vers lui, un fusil à la main. Il le voit pointer son arme et tirer. Il n'entend même pas le coup de feu mais ressent une violente douleur qui le secoue brutalement. Un choc terrible qui le terrasse. La balle l'a touché à un genou. Il hurle à fendre l'âme tant la souffrance est aiguë. Mais aucun son ne sort de sa gueule. Il s'écrase sur le sol, blessé. Son sang chaud coule de la plaie béante. Il pressent, sans le voir, que le chasseur vient vers lui sur la pointe des pieds. Il s'arrête et le regarde agoniser.
C'est alors que la bête, malgré sa meurtrissure, s'élance dans un ultime effort sur le chasseur qui s'arrête, surpris et figé de terreur. Le loup enragé, de ses fortes mâchoires, le saisit à la gorge. Il serre jusqu'à ce que l'homme tombe mort à ses pieds. De fureur, il laboure son corps de ses griffes acérées. Il lève la tête et, face à la lune qui, entre les nuages orageux, apparaît au firmament, il fait entendre un dernier hurlement de désespoir. Il meurt dans la solitude, il s'éteint dans le noir.
La paix de la nuit enveloppe la chambre. À travers les voiles de la fenêtre, l'astre lunaire ondule et se balance. Les arbres du jardin se bercent sous la brise et les oiseaux jacassent dans l'aube timide. Tout est calme dans l'appartement. Une tache de sang macule le drap blanc. Ma blessure au genou s'est rouverte pendant mon sommeil.
Nouvelles
Accueil